En Tunisie, avoir un diplôme ne garantit pas toujours un emploi correspondant aux compétences acquises. De nombreux jeunes diplômés commencent leur carrière dans des postes pour lesquels ils sont surqualifiés, un phénomène appelé “sur-éducation”. Ce décalage ne touche pas tous les diplômes de la même manière et dépend notamment de la filière suivie et du type de premier emploi.
La “sur-éducation se produit lorsqu’un diplômé occupe un emploi inférieur à ses qualifications. Au-delà de la frustration personnelle, elle constitue un gaspillage de compétences pour l’économie et limite le potentiel des jeunes sur le marché du travail. Les facteurs influençant ce phénomène sont multiples : la filière suivie, la nature du premier emploi et la taille de l’entreprise. Comprendre ces éléments est essentiel pour mieux orienter les étudiants et améliorer leur insertion professionnelle.
Pourquoi certains diplômés restent surqualifiés
Certaines filières restent quasi- exclusives et assurent un emploi à la hauteur du diplôme. Médecins, ingénieurs ou architectes bénéficient d’une formation sélective et proche des besoins du marché.
À l’inverse, les diplômes les plus répandus, comme les licences générales (Bac+4) et les” Bachelors technologiques” (Bac+3), présentent un risque élevé de sur-éducation.
Deux facteurs principaux expliquent cette vulnérabilité :
- La saturation : plus un diplôme est courant, plus la concurrence pour les postes qualifiés est forte.
- Le manque de lien avec l’emploi : certaines filières généralistes ne correspondent pas directement aux besoins des entreprises.
Exemple concret : un diplômé en sciences sociales peut se retrouver à postuler, aux mêmes postes, qu’un Bac+3 et accepter finalement un emploi en dessous de son niveau de qualification.

Le type de premier emploi conditionne également, la trajectoire professionnelle. Les contrats temporaires (CDD, SIVP) et les postes dans de petites entreprises augmentent le risque de rester surqualifié. À l’inverse, un CDI dans une grande entreprise ou dans le secteur public réduit ce risque et permet souvent de progresser vers des postes correspondant aux compétences du diplômé.
Entre 2005 et 2007, le suivi de l’insertion professionnelle d’un échantillon de diplômés a révélé que la proportion de sur-éducation est passée de 30% à 20%, mais cette amélioration profite surtout à ceux qui ont décroché un emploi stable dès le départ.
L’influence des filières et de l’orientation universitaire
Certaines disciplines préparent mieux les étudiants au marché du travail. Les filières techniques, médicales et d’ingénierie offrent de meilleures chances d’occuper un poste correspondant aux compétences acquises. À l’inverse, les filières massives, comme les sciences sociales, le droit ou les arts, présentent davantage de risques, car elles répondent moins directement aux besoins des entreprises.
Trois ans après l’obtention du diplôme, 1/5 est encore confronté à ce problème. Ce phénomène traduit un déséquilibre entre la formation universitaire et les besoins réels du marché du travail. Il souligne la nécessité d’une meilleure orientation dès l’université, mais aussi de mesures structurelles pour que les jeunes puissent valoriser leurs compétences après l’obtention du diplôme.

Agir pour un diplôme qui ouvre vraiment des portes
Pour réduire la “sur-éducation”, il est nécessaire de réconcilier l’offre et la demande.
Pour ce faire, il est recommandé de :
- Adapter les programmes universitaires aux besoins du marché, afin que les compétences acquises correspondent aux emplois disponibles.
- Promouvoir les formations professionnalisantes, pour rendre les jeunes immédiatement opérationnels dans le monde du travail.
- Créer des emplois qualifiés, capables d’absorber les compétences des diplômés et de leur offrir des perspectives de carrière durables.
Ces mesures permettent de transformer le diplôme en une véritable passerelle vers un emploi à la hauteur des compétences acquises, et non en un simple document administratif.
Nadia Zrelli Ben Hamida – Pr. à l’Ecole supérieure des Sciences Economiques et Commerciales de Tunis.
Consulter l’étude
“Is the Over-education a Temporary Phenomenon? Case of Tunisian Higher Education Graduates”- Research in Applied Economics ISSN 1948-5433 2014, Vol. 6, No. 2.