Et si la manière de gouverner un territoire influençait directement sa capacité à attirer habitants, investisseurs ou touristes ? Dix ans après le lancement du processus de décentralisation en Tunisie, la question mérite d’être posée à l’échelle locale.
Djerba, célèbre île du sud tunisien, est connue pour ses plages, son patrimoine culturel, ses mosquées blanches et ses souks animés. Mais au-delà de son charme immédiat, se pose une question stratégique : comment maintenir et renforcer son attractivité dans la durée, aussi bien pour ses habitants que pour les investisseurs et les visiteurs ? Ce défi ne dépend pas uniquement de l’image que l’île projette, mais aussi de la manière dont elle est gouvernée. Une enquête menée auprès de 40 acteurs clés à Djerba (cadres administratifs, responsables d’associations, représentants du secteur privé) apporte un éclairage précieux sur les liens entre gouvernance participative et attractivité territoriale.
Gouvernance locale et stratégie de marque : un duo inséparable
Aujourd’hui, les territoires doivent se “vendre” comme une marque. C’est ce qu’on appelle le marketing territorial. Une marque bien pensée, c’est plus qu’un logo : c’est une identité, un message partagé qui attire l’attention et donne envie de venir, d’investir, ou de s’installer.
Mais cette image de marque ne peut fonctionner que si elle repose sur une gouvernance solide. C’est là qu’intervient la gouvernance locale, qui favorise le partage du pouvoir entre citoyens, élus, entreprises et associations. Cette approche permet d’élaborer des projets plus adaptés, crédibles et efficaces.
En d’autres termes : Une stratégie de marque territoriale conçue sans co-construction ni implication réelle des parties prenantes risque de manquer d’efficacité. À l’inverse, lorsque les acteurs locaux (institutions, habitants, entreprises ou associations) participent à l’élaboration de la vision et des valeurs de la marque, celle-ci devient plus crédible, plus légitime, et donc plus attractive.

Ce que révèle l’étude menée à Djerba
Les résultats recueillis révèlent trois dimensions distinctes de l’attractivité : résidentielle, économique et touristique.
- Attractivité économique : c’est là que la gouvernance a eu le plus d’effet positif. La majorité des répondants constatent une amélioration.
- Attractivité touristique : également perçue comme en amélioration, surtout grâce à la valorisation du patrimoine, du climat et des infrastructures.
- Attractivité résidentielle : reste en retrait. Les problèmes de logement, d’infrastructures, d’environnement et de services sont encore trop présents.
Du côté de la gouvernance, certains principes sont jugés encore insuffisamment appliqués par les acteurs locaux, notamment :
- La transparence,
- La démocratie participative,
- Le suivi et l’évaluation des politiques locales.
Si l’effet de la gouvernance locale est globalement perçu comme positif, il n’est pas encore jugé suffisant pour produire des transformations visibles dans la vie quotidienne.
Des leviers d’action pour ancrer le changement

Pour consolider les avancées et ancrer le changement, deux priorités ressortent clairement :
- Renforcer les pratiques de gouvernance : Aujourd’hui, le mode de gestion reste parfois trop centralisé ou informel. Il faut aller vers une gouvernance réellement communale et participative, où les citoyens sont impliqués dès le départ dans la construction des projets.
- Repenser la stratégie de marque : Une marque de territoire n’est pas qu’un slogan : c’est un projet collectif qui reflète les valeurs, les spécificités et les atouts réels du lieu. Cette marque doit être co-produite par les habitants, les professionnels du tourisme, les institutions et les jeunes. Et elle doit être suffisamment lisible pour les visiteurs comme pour les investisseurs.
Par ailleurs, l’expérience de villes comme Casablanca, Lyon ou l’Ardenne ; qui ont su construire des marques territoriales solides portées par une gouvernance cohérente ; offre des pistes inspirantes pour Djerba.
Farhat Mizen – Maître technologue à l’ISET de Djerba -Membre du LEGI/EPT, Université de Carthage – TunisieMouna Hanini – Activiste dans la société civile – Vice présidente de la JCE Djerba
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“Évaluation de la synergie Gouvernance - Stratégie de marque : vers plus d’attractivité - Cas de l’île de Djerba (Tunisie)", publié dans la revue scientifique Alternatives Managériales Économiques (AME), (vol. 6, n°1, janvier 2024).