Femmes rurales : un potentiel économique encore sous-exploité

Ecotous
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Dans les campagnes tunisiennes, des milliers de femmes s’organisent au sein de Groupements de Développement Agricole et de la Pêche (GDAP) pour produire, transformer et commercialiser des produits agricoles ou artisanaux. Ces structures collectives contribuent au développement économique local et à l’amélioration des conditions de vie des femmes rurales. Pourtant, leur potentiel reste encore largement sous-exploité. Entre obstacles réglementaires, manque de financement et besoins en accompagnement, plusieurs défis restent à relever pour renforcer leur autonomie et leur impact.

Depuis plusieurs années, les femmes rurales tunisiennes développent de nouvelles formes d’organisation collective pour améliorer leurs revenus et renforcer leur place dans la vie économique locale. Cette dynamique s’est notamment traduite par l’essor des GDAP féminins. Créé en 2011, le premier groupement de ce type a ouvert la voie à un mouvement qui compte aujourd’hui 252 GDAP féminins regroupant 7 657 adhérentes. À ces structures s’ajoutent également 33 Sociétés Mutuelles de Services Agricoles (SMSA) féminines rassemblant plus de 1 200 membres. Au-delà des chiffres, ces organisations représentent une expérience originale de développement local fondée sur la coopération, la valorisation des savoir-faire et l’engagement collectif des femmes rurales. La note de réflexion “Le Groupement de Développement Agricole et de la Pêche en Tunisie : Des pistes pour renforcer leur autonomie”, élaborée dans le cadre du projet Tamkin Femmes Rurales (2025-2026) par APEDDUB, INRAT, INAT et Cirad, s’intéresse précisément aux conditions nécessaires pour permettre à ces organisations de renforcer leur autonomie et de développer pleinement leur potentiel.

Un moteur discret du développement rural

Les GDAP féminins jouent aujourd’hui un rôle qui dépasse largement la simple création de revenus. Ils offrent aux femmes un espace d’apprentissage, d’échange et de coopération. Ils favorisent l’acquisition de nouvelles compétences, encouragent l’initiative économique et contribuent à renforcer la confiance en soi des adhérentes.

Ces groupements permettent également de mutualiser les efforts. Ensemble, les femmes peuvent accéder plus facilement à certains équipements, développer des activités de transformation, participer à des foires ou encore commercialiser leurs produits dans de meilleures conditions. L’enjeu principal reste toutefois l’autonomie. Une organisation autonome est capable de définir ses propres priorités, de prendre ses décisions et de construire sa stratégie de développement tout en mobilisant efficacement les appuis extérieurs lorsque cela est nécessaire. Cette autonomie constitue une condition essentielle pour assurer la pérennité des activités et permettre aux groupements de s’adapter aux évolutions économiques de leur environnement.

 Une autonomie encore freinée par plusieurs obstacles

Malgré les avancées réalisées, les GDAP féminins restent confrontés à plusieurs difficultés qui limitent leur développement. Le premier défi concerne le cadre réglementaire. Les règles actuelles ne répondent pas toujours aux spécificités de ces organisations, notamment lorsqu’il s’agit de développer des activités économiques ou d’investir dans de nouveaux projets.

Les capacités de gestion constituent un autre enjeu majeur. Pour de nombreuses adhérentes, l’expérience associative est récente. La gestion administrative, financière ou organisationnelle demande des compétences qui nécessitent souvent un accompagnement spécifique. Les infrastructures demeurent également insuffisantes. Certains groupements ne disposent pas de locaux adaptés pour produire, stocker ou accueillir leurs partenaires. Cette situation peut freiner leur professionnalisation et leur développement. À ces difficultés s’ajoute le manque de moyens financiers. Les possibilités d’investissement restent limitées et de nombreux groupements dépendent encore du soutien de projets ou de bailleurs de fonds pour financer leurs activités. Enfin, la commercialisation constitue un défi permanent. L’accès aux marchés, la promotion des produits et le développement de réseaux de distribution nécessitent des ressources et des compétences qui ne sont pas toujours disponibles au niveau local.

Des solutions pour libérer leur potentiel

Face à ces défis, la note de réflexion “Le Groupement de Développement Agricole et de la Pêche en Tunisie : Des pistes pour renforcer leur autonomie” identifie plusieurs pistes d’action. La première consiste à adapter certaines dispositions réglementaires afin de mieux prendre en compte les réalités des GDAP féminins et de faciliter le développement de leurs activités économiques.

Le renforcement des compétences apparaît également comme une priorité. Des formations en gestion, gouvernance, leadership et planification permettraient aux adhérentes de mieux piloter leurs structures et de construire une vision commune de leur développement. La diversification des activités représente une autre piste importante. Développer plusieurs sources de revenus permet de réduire les risques liés à une trop forte spécialisation et d’améliorer la résilience économique des groupements. L’intégration de jeunes diplômées au sein des GDAP pourrait également renforcer leurs capacités techniques et organisationnelles tout en favorisant l’insertion professionnelle des jeunes femmes en milieu rural. La note recommande par ailleurs de développer des mécanismes de financement adaptés, notamment à travers des lignes de crédit spécifiques pouvant être proposées par des banques de développement ou des structures de microfinance. Le renforcement du réseautage constitue enfin un levier essentiel. Une meilleure coopération entre groupements permettrait de partager les expériences, de mutualiser certaines ressources et d’améliorer les stratégies de commercialisation.

L’expérience des GDAP féminins montre que les femmes rurales sont aujourd’hui des actrices à part entière du développement local. Leur contribution ne se limite pas à la création d’activités économiques. Elle participe également au renforcement du tissu social, à la valorisation des ressources locales et à la dynamique des territoires ruraux. Renforcer leur autonomie, améliorer leur accès aux ressources et soutenir leur développement constitue donc un enjeu qui dépasse les seuls groupements concernés. C’est aussi une manière d’investir dans un développement rural plus inclusif, plus durable et davantage porté par les initiatives locales.

ECOTOUS

Consultez la note de réflexion

"Le Groupement de Développement Agricole et de la Pêche en Tunisie : Des pistes pour renforcer leur autonomie", réalisée dans le cadre du projet Tamkin Femmes Rurales (2025-2026), mis en œuvre par APEDDUB - Association pour la Protection de l'Environnement et le Développement Durable de Bizerte, INRAT - Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie, INAT - Institut National Agronomique de Tunisie et Cirad - Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, avec l'appui du programme Savoirs Éco, financé par l'Union européenne et mis en oeuvre par Expertise France.

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