À partir du 1er novembre 2025, tous les cafés, restaurants et salons de thé en Tunisie devront enregistrer leurs ventes sur des caisses enregistreuses homologuées. Une réforme qui promet plus de transparence dans les transactions, mais aussi une gestion plus moderne pour les professionnels du secteur.
Cela faisait des années que les propriétaires de cafés et de restaurants en entendaient parler. L’obligation d’utiliser une caisse enregistreuse devenait presque une légende administrative. Cette fois, c’est acté.
Neuf ans après son introduction dans la loi de finances de 2016, la mesure devient enfin réalité. L’arrêté du ministère des Finances du 14 octobre 2025, publié au Journal officiel, fixe les modalités et le calendrier de mise en place des caisses enregistreuses pour tous les établissements de consommation sur place.
Mais pourquoi une telle mesure ? Comment va-t-elle fonctionner ? Et surtout, qui doit s’y conformer, et à quel moment ?
Une mesure pour fiabiliser les ventes et renforcer la transparence
Tout commence avec la loi de Finances N°2015-53 du 25 décembre 2015, qui a introduit l’obligation pour les entreprises de services de consommation sur place (cafés, restaurants, salons de thé) de s’équiper de caisses enregistreuses.
L’objectif est clair : assurer la fiabilité des recettes et éviter les manipulations dans les déclarations fiscales.
Le décret N°2019-1126 du 26 novembre 2019 a ensuite précisé les caractéristiques techniques de ces caisses et leur mode de fonctionnement. Chaque vente, chaque remboursement ou ticket doit désormais être enregistré de manière électronique et sécurisée.

Impossible de modifier ou d’effacer une transaction : le système garde une trace de tout. Et les données sont automatiquement envoyées à une plateforme gérée par le ministère des Finances.
En cas de fraude, la loi est ferme : de 16 jours à 3 ans de prison et une amende pouvant atteindre 50000 dinars.
Mais au-delà de la sanction, c’est surtout un changement de culture économique qui s’amorce.
Finis les carnets et les additions griffonnées à la main : place à la transparence et à la fiabilité numérique.
Qui est concerné, et quand ?
La réforme se déploie progressivement, selon un calendrier qui s’étend de 2025 à 2028.
Objectif : laisser à chaque catégorie de professionnels le temps de s’équiper.
- À partir du 1er novembre 2025 : les restaurants touristiques, les salons de thé et les cafés de deuxième et troisième catégorie ouvrent la marche.
- Au 1er juillet 2026 : obligation pour toutes les autres personnes morales qui servent des plats ou des boissons sur place, comme les fast-foods, snack-bars ou sandwicheries.
- Le 1er juillet 2027 : entrée en vigueur pour les personnes physiques soumises au régime réel (commerçants déclarant mensuellement leurs revenus).
- Et enfin, le 1er juillet 2028 : les autres personnes physiques devront elles aussi s’équiper.
À l’horizon 2028, l’ensemble des établissements de consommation sur place seront tenus d’utiliser une caisse enregistreuse homologuée, quel que soit leur type ou leur taille.
Comment ça marche, concrètement ?

Le système repose sur trois composantes :
- Le module de caisse, installé dans l’établissement, enregistre toutes les opérations (ventes, remboursements, tickets proforma).
- Le module de données fiscales, homologué par le ministère, sécurise et envoie automatiquement ces informations.
- La plateforme centrale du ministère des Finances, qui collecte et stocke les données pour vérification.
Chaque ticket remis au client doit mentionner un ensemble d’informations : numéro, date, identifiant du module, nom de l’entreprise, montant, taxes, mode de paiement et QR code.
La caisse génère aussi, chaque jour, deux rapports électroniques :
- Un rapport de clôture de compte,
- Et un rapport financier récapitulatif des ventes et recettes.
Mais cette obligation ne repose pas uniquement sur les commerçants.
Les fournisseurs de caisses agréés doivent eux aussi respecter un cahier des charges strict : déclarer les appareils vendus, assurer leur maintenance, signaler toute panne ou manipulation suspecte.
De leur côté, les entreprises utilisatrices doivent enregistrer leur caisse auprès du ministère avant toute mise en service, attribuer un identifiant à chaque employé et signaler les pannes dans un délai maximum de trois jours.
Ainsi, chaque maillon de la chaîne (fournisseur comme exploitant) est impliqué dans la fiabilité du système.
Un pas vers une économie plus claire

Au-delà de la contrainte réglementaire, cette réforme s’inscrit dans un mouvement plus large : celui de la modernisation de la fiscalité tunisienne.
Les caisses enregistreuses représentent un outil de transparence, mais aussi un pas vers une gestion numérique plus efficace pour les professionnels.
Pour les clients, c’est un gage de confiance. Pour les gérants, une occasion de suivre plus précisément leurs ventes et de mieux piloter leur activité. D’ici 2028, la quasi-totalité du secteur de la restauration et des cafés sera connectée. Une évolution discrète, mais qui transformera durablement le rapport entre l’économie réelle et l’administration fiscale.
IACE – Institut arabe des chefs d’entreprises
Consulter la note de l'IACE
“Cadre réglementaire et modalités d’application du dispositif des caisses enregistreuses”