Pourquoi un enfant du Centre-Ouest a-t-il moins de chances d’aller à l’école qu’un enfant de Tunis ? En Tunisie, l’accès à l’école primaire demeure profondément inégalitaire. C’est ce que révèle une étude récente du chercheur Noomen Bahri, publiée dans l’International Journal of Educational Research (2024).
L’étude, intitulée “Les inégalités d’accès à l’éducation des enfants en Tunisie”, met en lumière des fractures silencieuses mais tenaces, et appelle à une action urgente pour que la pauvreté ne se transmette plus… par l’école. L’éducation reste l’un des piliers du développement humain, un levier essentiel pour rompre le cycle de la pauvreté. Pourtant, malgré des avancées notables) davantage d’enfants scolarisés, davantage d’années d’études (les disparités régionales, sociales et de genre persistent, parfois même s’accentuent. Basée sur les données nationales (LMPS, 2014), l’analyse mobilise un indicateur rarement utilisé dans le débat public : l’indice de dissimilarité. Il mesure à quel point l’origine sociale ou géographique influence encore l’accès à l’école primaire. Les résultats sont clairs : l’école tunisienne ne garantit toujours pas l’égalité des chances.
Inégalités éducatives : quand l’origine sociale décide du destin scolaire
Les données montrent que plusieurs facteurs jouent un rôle majeur dans l’accès à l’école : le niveau d’éducation des parents, la taille du ménage, la zone de résidence (rurale ou urbaine), et dans une moindre mesure, le sexe de l’enfant. Ces facteurs, appelés ici « circonstances », ne dépendent pas de l’effort de l’enfant.
Par exemple, un enfant dont le père est analphabète a beaucoup moins de chances de fréquenter l’école primaire qu’un autre issu d’un foyer instruit. Même constat pour les enfants vivant dans des zones rurales ou dans des régions intérieures comme le Centre – Ouest ou le Nord-Ouest.

Des écarts flagrants selon les régions et le sexe
L’étude de Noomen Bahri, “Les inégalités d’accès à l’éducation des enfants en Tunisie”, publiée dans l’International Journal of Educational Research (2024).révèle un fait marquant : les inégalités régionales sont très fortes. Les enfants du Nord – Ouest et du Centre – Ouest sont ceux qui fréquentent le moins l’école, avec un taux d’analphabétisme qui atteint 31,6% à Jendouba et 30,2% à Kasserine. À l’opposé, certaines régions côtières comme le Nord-Est affichent de bien meilleurs résultats.
Autre constat : les filles sont encore légèrement désavantagées, même après la révolution. Bien que les écarts de genre tendent à se réduire, ils restent présents dans certaines zones rurales.
Le niveau de vie joue un rôle moins évident qu’on ne pourrait le croire. En effet, l’étude montre que la richesse du foyer n’est pas le facteur le plus déterminant, contrairement à l’instruction des parents.
Que faire ? Pistes pour une éducation plus équitable

L’étude propose plusieurs recommandations concrètes pour sortir de ce cercle vicieux. Parmi elles :
- Former les parents analphabètes des zones défavorisées pour renforcer leur rôle dans la scolarisation des enfants (effet direct sur la réussite scolaire, surtout en primaire).
- Supprimer les frais de scolarité dans toutes les écoles primaires publiques pour lever les barrières économiques à l’entrée dans le système éducatif.
- Attribuer des bourses ciblées aux filles et aux enfants vulnérables dans les zones prioritaires pour lutter contre le décrochage scolaire et favoriser l’équité.
- Investir dans les infrastructures préscolaires et construire des écoles dans les zones sous-équipées, afin de garantir un accès physique effectif à l’éducation.
- Offrir des incitations financières aux enseignants pour les encourager à exercer dans les zones rurales et marginalisées, souvent désertées par le personnel qualifié.
Ces mesures ne sont pas nouvelles, mais elles restent souvent partiellement mises en œuvre. Ce qui manque, c’est une volonté politique constante et soutenue, capable de s’attaquer aux racines des inégalités : le capital humain des parents et les inégalités territoriales persistantes.
ECOTOUS
Consultez l'étude
“Les inégalités d’accès à l’éducation des enfants en Tunisie” Noomen Bahri, (2024)- GLOBAL PUBLICATION HOUSE INT. Journal of Educational Research. (07(01), 31-4)