La gouvernance, clé de la gestion des risques dans les entreprises TIC

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Dans le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC), les risques sont partout : innovations rapides, menaces numériques et marchés imprévisibles. En Tunisie, certaines entreprises savent mieux les anticiper. L’étude menée auprès de 70 entreprises montre que la différence ne réside pas dans la technologie, mais dans la manière dont la direction et la culture d’entreprise gèrent les risques.

Le monde des TIC évolue à une vitesse vertigineuse. Entre nouvelles technologies, concurrence internationale et exigences réglementaires, les entreprises doivent anticiper les risques plutôt que les subir. La gestion globale des risques (GRE) n’est plus un luxe : elle devient un outil stratégique pour identifier les menaces, exploiter les opportunités et sécuriser l’avenir de l’entreprise.

En Tunisie, où le secteur TIC connaît une croissance rapide, la GRE peut être un facteur clé de performance et de compétitivité. Pourtant, sa mise en œuvre reste inégale. Les obstacles sont multiples : culture d’entreprise, structure organisationnelle, ressources disponibles ou engagement de la direction. Cette étude s’est penchée sur ces facteurs pour comprendre ce qui favorise ou freine l’adoption d’une GRE efficace.

Gérer les risques, oui… mais à quel niveau ?

Dans de nombreuses entreprises, la gestion des risques reste encore largement réactive: elle s’active lors d’une panne, d’un retard de projet ou d’une difficulté financière. Cette approche limite les dégâts, mais ne prépare pas aux chocs futurs.

La GRE repose sur une autre logique : identifier, évaluer et suivre tous les risques stratégiques, opérationnels, financiers ou liés à la conformité. L’objectif n’est pas d’éliminer les risques, mais de mieux les anticiper et de les intégrer dans les décisions. La mise en œuvre varie : de l’absence de dispositif structuré à une intégration complète dans la planification stratégique.

Dans les entreprises étudiées, le niveau est globalement intermédiaire : présent mais souvent partiel et déclenché par les événements plutôt que continu.

Les leviers organisationnels qui font la différence

Le facteur le plus déterminant est l’engagement de la direction. Les dirigeants impliqués intègrent les risques dans les décisions, suivent leur évolution et communiquent clairement sur l’importance de la démarche.

La culture d’entreprise joue également un rôle central : transparence, partage d’information et travail collectif facilitent l’identification et la gestion des risques, tandis qu’une culture fermée freine l’alerte et la prise en compte globale.

La structure organisationnelle favorise la GRE lorsque les responsabilités sont claires, les circuits de décision identifiés et la coordination entre fonctions efficace.

Enfin, la disponibilité des ressources est essentielle : le manque de temps, de compétences ou de moyens freine la démarche, tandis qu’une allocation adaptée renforce sa maturité.

Quand les connaissances et le langage ne suffisent pas

Les connaissances formelles des dirigeants et l’existence d’un langage commun autour du risque ne garantissent pas une GRE efficace.

Ces éléments ne sont efficaces que lorsqu’ils sont traduits en pratiques concrètes et intégrés aux processus de décision. La GRE est avant tout un projet organisationnel et managérial, reposant sur la capacité à transformer ces éléments en actions cohérentes et durables.

 

Actions concrètes

La réussite de la GRE dans les entreprises TIC tunisiennes repose sur l’action concrète des dirigeants. Leur engagement transforme la GRE en outil stratégique, intégré à la culture et à la stratégie de l’entreprise. Ils doivent piloter, créer des comités, former les équipes, mettre en place un “reporting” et communiquer régulièrement sur l’importance des risques. Sans cette implication, la GRE ne peut pas fonctionner, et les connaissances théoriques ou le langage commun ne suffisent pas.

Ces résultats ouvrent également la voie à de nouvelles recherches : mesurer l’impact des normes internationales comme ISO 31000 ou explorer comment l’IA, le big data et l’IoT peuvent renforcer la GRE dans les TIC tunisiennes.

Dr. Amina El Abed- Université de Sfax- Tunisie LARTIGE 
Anis Jarboui – Pr. Associé (Ph.D, HDR) – Institut Supérieur d’administration des affaires de Sfax- LARTIGE 
 

Consulter l'étude

"Les facteurs associés à la mise en œuvre d’une gestion globale des risques dans les entreprises TIC tunisiennes”, ESMB, Vol.22, Iss.1, pp.1‑13".

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