Huile d’olive tunisienne : Record historique de production, bénéfices en berne

IACE
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Avec 340.000 tonnes produites en 2025, la Tunisie signe l’une de ses meilleures récoltes d’huile d’olive de la décennie. Elle confirme ainsi sa place de troisième producteur mondial, derrière l’Espagne et la Turquie. Pourtant, cette réussite agricole se heurte à une réalité plus amère : les prix mondiaux chutent, comprimant les recettes d’exportation. Le pays doit repenser sa stratégie pour ne plus laisser filer la valeur ajoutée.

L’huile d’olive est bien plus qu’un produit agricole : c’est un symbole, un patrimoine et une source essentielle de devises pour la Tunisie. En 2025, grâce à un excellent rendement agricole et des conditions climatiques favorables, la production nationale a bondi de 55% par rapport à la saison précédente, atteignant 340000 tonnes. Mais sur les marchés mondiaux, les prix, eux, ont chuté de moitié : de 10281 dollars la tonne en janvier 2024 à 5075 dollars en juin 2025, selon le Fonds monétaire international.
Résultat : malgré le volume record, les recettes en dinars reculent.

 Une performance agricole remarquable

La Tunisie confirme sa position parmi les géants de l’huile d’olive mondiale. Selon le Conseil international de l’huile d’olive, la production tunisienne représente environ 10% de la production mondiale en 2025, derrière l’Espagne (1,29 million de tonnes) et la Turquie. Cette performance repose sur une combinaison favorable : une pluviométrie meilleure, un entretien accru des vergers, et des investissements dans la mécanisation.

Le pays a exporté plus de 252.700 tonnes d’huile d’olive, pour des recettes avoisinant 3,3 milliards de dinars à fin août 2025. Mais là où le volume augmente, la valeur recule : les exportations étaient encore de 4,8 milliards de dinars un an plus tôt.


Quand le marché mondial pèse sur la réussite locale

La Tunisie subit de plein fouet les effets de la baisse des prix internationaux.
En cause : la reprise des récoltes en Espagne et en Turquie, qui ont vu leur production bondir respectivement de 51% et 37% en un an, provoquant un excédent mondial estimé à 3,3 millions de tonnes. Cette surabondance a mécaniquement fait chuter les prix, affaiblissant la rentabilité des exportateurs tunisiens.

L’ironie, c’est que plus la Tunisie produit, moins elle gagne. Le prix moyen à l’exportation est passé de 26,4 dinars le kilo en 2023 à 10,9 dinars en 2025. Cette érosion de la valeur questionne le modèle actuel : faut-il continuer à exporter massivement de l’huile en vrac, ou privilégier la transformation et la mise en bouteille locale pour capter davantage de bénéfices ?

 Vers une nouvelle gouvernance du “trésor vert”

L’IACE met en garde : sans une stratégie claire de valorisation et de durabilité, la Tunisie risque de continuer à “exporter ses opportunités”. Le pays reste dépendant de la conjoncture mondiale, alors qu’il pourrait développer des labels de qualité, des circuits courts, et une marque nationale forte autour de son huile d’olive.

Les recommandations du rapport appellent à:

  • Soutenir la montée en gamme et la certification biologique,
  • Encourager la mise en bouteille locale au lieu de l’exportation en vrac,
  • Promouvoir l’huile tunisienne sur de nouveaux marchés,
  • Stabiliser les revenus des producteurs, grâce à une meilleure gouvernance et à des politiques publiques ciblées.

Ces réformes pourraient transformer une réussite agricole fragile en atout durable, créateur de richesses et d’emplois à long terme.

Derrière les chiffres flatteurs de la production, une vérité économique se dessine : la Tunisie ne profite pas encore pleinement de son or vert. Tant que la valeur ajoutée continuera à s’évaporer à l’étranger, chaque bonne récolte restera une victoire incomplète.

Le potentiel est immense, mais il appelle une gouvernance lucide et courageuse, capable de relier agriculture, industrie et commerce extérieur dans une même vision. Faire de l’huile d’olive tunisienne un produit durablement rentable, c’est aussi un acte de souveraineté économique.

IACE  – Institut arabe des chefs d’entreprises

Consulter la note d'analyse de l'IACE

Tourisme et huile d’olive : Bilan 2025 et perspectives 2026 – Exploiter pleinement les opportunités”  

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