Ouvrir le ciel aux compagnies aériennes n’est pas qu’une réforme technique. C’est un choix économique structurant, capable de transformer les flux touristiques, l’attractivité d’un pays et l’équilibre de ses territoires. En Tunisie, les options de libéralisation du transport aérien posent une question centrale : comment mieux connecter le pays au reste du monde sans fragiliser son écosystème touristique ?
Un vol plus accessible, une nouvelle liaison directe, un billet à prix réduit : pour le voyageur, la libéralisation du transport aérien se traduit souvent par plus de choix et de flexibilité. Pour un pays comme la Tunisie, fortement dépendant du tourisme international, ces évolutions ont des implications bien plus larges. Elles influencent directement les arrivées touristiques, la compétitivité des destinations et les retombées économiques locales.
C’est précisément cette relation entre ouverture du ciel et dynamique du tourisme que cette étude explore. En analysant plusieurs scénarios de libéralisation du transport aérien, les auteurs montrent que ces choix ne sont jamais neutres. Selon leur ampleur et leurs modalités, ils peuvent stimuler la demande touristique, redistribuer les flux entre régions ou encore modifier l’équilibre entre acteurs du secteur.
Quand l’ouverture du ciel change les règles du jeu
Dans un système aérien fortement régulé, les liaisons, les fréquences et les capacités sont encadrées par des accords entre États. La libéralisation vise à assouplir ces règles afin de permettre à davantage de compagnies d’opérer librement.
Ce changement transforme rapidement le marché. L’intensification de la concurrence entraîne généralement une baisse des prix et une augmentation de l’offre de vols. Pour le tourisme, l’effet est immédiat : une destination plus accessible devient plus attractive, en particulier pour les touristes sensibles aux coûts ou aux courts séjours.
En Tunisie, cette mécanique revêt une importance particulière. L’accessibilité aérienne reste l’un des déterminants majeurs des flux touristiques. L’étude montre toutefois que toutes les formes de libéralisation ne produisent pas les mêmes résultats. Une ouverture progressive et ciblée peut stimuler les arrivées, tandis qu’une libéralisation mal calibrée peut déstabiliser le marché existant.
Tourisme et concurrence : des effets puissants mais inégaux

Sur le terrain, l’ouverture du ciel agit comme un accélérateur de transformations. L’arrivée de nouvelles compagnies, notamment à bas coûts, modifie le comportement des voyageurs. Les touristes deviennent plus mobiles, plus réactifs aux variations de prix et plus enclins à multiplier les séjours.
Certaines destinations bénéficient rapidement de cette dynamique, surtout lorsqu’elles disposent d’infrastructures adaptées et d’une offre touristique diversifiée. D’autres peinent à suivre, révélant des écarts croissants entre territoires bien connectés et zones moins accessibles.
L’étude souligne également que la concurrence accrue exerce une pression sur les compagnies historiques. Cette situation appelle une réflexion plus large sur la régulation du secteur, afin d’assurer un équilibre entre ouverture du marché, viabilité des opérateurs et qualité de service.
Un levier économique qui appelle des choix stratégiques

L’un des enseignements majeurs de l’étude est clair : la libéralisation du transport aérien ne peut être envisagée isolément. Elle doit s’inscrire dans une vision globale de politique publique, articulant transport, tourisme et développement territorial.
Pour la Tunisie, les bénéfices potentiels sont réels. Une meilleure connectivité peut renforcer l’attractivité du pays, soutenir la croissance touristique et diversifier les marchés émetteurs. Mais ces gains dépendent fortement des conditions d’accompagnement, notamment en matière d’infrastructures, de régulation et de stratégie touristique.
Autrement dit, ouvrir le ciel ne suffit pas. Encore faut-il que cette ouverture soit pensée comme un outil au service d’objectifs économiques clairs et durables.
À travers l’analyse des options de libéralisation du ciel, cette étude met en lumière un levier souvent sous-estimé du développement touristique. Le transport aérien façonne les choix des voyageurs, redistribue les flux et influence durablement la compétitivité des destinations. En Tunisie, les décisions prises aujourd’hui en matière de politique aérienne auront des effets durables sur le tourisme de demain. Comprendre ces mécanismes est une étape essentielle pour faire de l’ouverture du ciel un véritable atout économique, au service d’un développement volontariste et mieux maîtrisé.
Aymen Ghédira- Université de Sousse, Institut Supérieur du Transport et de la Logistique (ISTL), Ecole Supérieur des Sciences Economiques et Commerciales- Laboratoire DEFI, Tunisie
Karim Kammoun–Université de Sfax, Institut Supérieur de Gestion Industrielle (ISGI)Imen Ayoub –Université de Sousse, Institut Supérieur du Transport et de la Logistique (ISTL)-Tunisie
Consulter l’étude
“Impacts of Sky Liberalization Options on Tourism Market Dynamics”, publiée dans International Journal of Innovation and Applied Studies (ISSN2028-9324 Vol.23N°.2 May 2018, pp. 192-203. @2018 Innovative Space of Scientific Research Journals.