Malgré les discours sur l’égalité, les chiffres montrent une réalité bien différente. Le nouveau rapport mondial sur les disparités de genre 2025, coordonné en Tunisie par l’IACE, dresse un état des lieux sans fard : l’écart entre les hommes et les femmes reste important, notamment dans l’économie et la politique. Décryptage.
Chaque année, le Forum économique mondial publie un rapport mondial sur la parité entre les femmes et les hommes. L’édition 2025, qui couvre 148 pays, révèle une vérité dérangeante : aucun pays n’a atteint l’égalité parfaite.
En Tunisie, malgré quelques progrès, l’écart reste bien réel, surtout dans le monde du travail et de la politique.
Pour la Tunisie, l’enquête a été conduite par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE). Résultat : 123ᵉ sur 148 pays, avec un score global de 65,4%. Un recul par rapport à 2024. Pourquoi ce coup d’arrêt ? Et surtout, où se situent les vrais blocages ?
Où se cache encore l’inégalité ?
- L’économie : toujours à la traîne : C’est le point noir du rapport. En matière de participation économique, la Tunisie obtient un score de 51,5% et se classe 135ᵉ. Ce chiffre cache plusieurs réalités préoccupantes:
- Seulement 41% des femmes participent à la population active.
- Les femmes gagnent encore moins que les hommes, à poste équivalent.
- Elles sont largement sous-représentées parmi les cadres dirigeants (27,5%).
L’éducation et la santé : presque à égalité
Bonne nouvelle côté éducation : la Tunisie atteint presque la parité, avec un score de 97,4%. Filles et garçons sont également scolarisés aux trois niveaux (primaire, secondaire, supérieur).
Même chose en santé : avec 96,8%, le pays affiche un bon score. Les écarts entre femmes et hommes sont minimes, que ce soit dans l’espérance de vie ou à la naissance.
Mais ces progrès ne suffisent pas à compenser les retards dans d’autres domaines.

La politique : le grand recul
C’est l’autre point de tension. En matière d’émancipation politique, la Tunisie chute à 15,7%. Cela signifie que les femmes sont très peu présentes aux postes de décision :
- Moins de 19% des députés sont des femmes.
- Seuls 33% des ministres sont des femmes.
- Aucun mandat présidentiel n’a été exercé par une femme.
En 2024, le score était plus élevé. Ce recul montre que rien n’est acquis et que la participation politique des femmes reste fragile.

Pourquoi ça bloque ?
Alors que la Tunisie se rapproche de l’égalité dans l’éducation et la santé, les femmes peinent à transformer leurs acquis en pouvoir économique ou politique. Le rapport rappelle que dans le monde, il faudrait :
- 135 ans pour combler l’écart économique.
- 162 ans pour atteindre l’égalité politique.
Ces chiffres donnent le vertige. Et pourtant, ils soulignent une évidence : la parité ne progresse pas toute seule. Sans action volontaire, les blocages perdurent.
Et maintenant, on fait quoi?
Ce rapport n’est pas qu’un constat. Il est aussi un signal inquiétant. Il montre où agir : encourager l’entrepreneuriat féminin, lutter contre les discriminations salariales, favoriser l’accès des femmes aux postes décisionnels.
La Tunisie a les moyens d’avancer, mais la volonté politique et collective est indispensable. L’égalité n’est pas un luxe, c’est une condition pour une société plus juste et plus efficace.
IACE -Institut arabe des chefs d’entreprises