Travailleurs·euses de l’ombre : qui sont vraiment les “Barbéchas” ?

FTDES
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Ils arpentent les rues de Tunis à la recherche de plastique, métal ou carton. On les appelle les “Barbéchas”. Un mot familier, mais derrière lequel se cache une réalité sociale dure, souvent ignorée. Une étude pluridisciplinaire publiée par le “Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES)”, sur la plateforme “AL Forum”, met en lumière ces acteurs clés de la récupération des déchets, essentiels mais invisibles.

À l’heure où la Tunisie affiche sa volonté de bâtir une économie durable et circulaire, un acteur essentiel reste dans l’ombre : les “Barbéchas”. Ces récupérateurs et récupératrices informels, aussi appelés chiffonniers et chiffonnières ; majoritairement des hommes, parfois des femmes ; sillonnent chaque jour les rues pour collecter plastique, métal ou carton dans les poubelles et les décharges, notamment celle de Borj Chakir. Leur activité, souvent perçue comme marginale, constitue pourtant un maillon indispensable de la chaîne de recyclage.

Pour la première fois, une étude publiée, par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) sur la plateforme “AL Forum”, leur consacre une analyse pluridisciplinaire approfondie. Elle met en lumière leurs parcours, leurs conditions de vie, leur rôle dans la gestion des déchets… et le vide institutionnel qui les entoure. Alors que la transition écologique avance, cette enquête rappelle qu’elle ne pourra être juste sans inclure ceux qui, dans l’ombre, la rendent déjà possible.

Un travail de rue, pour survivre

Les “Barbéchas”, ce sont celles et ceux qu’on croise au petit matin ou en fin de journée, tirant une charrette remplie de déchets recyclables. Ce mot, familier dans les rues de Tunis, désigne des hommes ; parfois aussi des femmes ; qui cherchent du plastique, du métal ou du carton dans les bennes à ordures ou les décharges.

La majorité ne sont pas des jeunes (53 % ont entre 35 et 49 ans et 19 % ont plus de 50 ans), vivent dans la précarité, et n’ont pas pu aller longtemps à l’école. Sans emploi stable, sans soutien, ils se tournent vers ce travail comme unique moyen de gagner un peu d’argent. Ce qu’ils ramassent, ils le revendent à des intermédiaires ou à de petites usines de recyclage. Le revenu est faible, incertain, et dépend du volume collecté chaque jour.

Leur quotidien est dur. Certains dorment dans la rue, d’autres dans des habitations insalubres. Ils travaillent sans gants, sans masque, parfois pieds nus, au milieu de déchets qui peuvent être dangereux. Et malgré tout, ils continuent, souvent dans l’indifférence générale.

Ils recyclent, mais personne ne les reconnaît

Sans eux, une grande partie du plastique ou du carton ne serait jamais triée. Pourtant, personne ne les reconnaît officiellement. L’État ne leur donne aucun statut, aucune aide, aucune protection. Ils ne sont pas comptés dans les plans de gestion des déchets. Ils travaillent dans l’ombre, en dehors de tout système.

Pire encore, ils sont souvent mal vus. Des habitants les chassent de certains quartiers, les agents municipaux les réprimandent, et certains policiers les brutalisent. On les accuse de salir, alors qu’ils nettoient. On les ignore, alors qu’ils rendent service à toute la ville.

Le plus injuste, c’est que cette économie “verte” dont tout le monde parle ; recyclage, réduction des déchets ; existe déjà grâce à eux. Mais ils n’y ont ni leur place, ni leurs droits.

Et si on les intégrait, enfin ?

L’étude propose des solutions simples et concrètes. Il est possible de faire mieux, pour eux et pour nous tous.

Parmi les pistes proposées :

  • Donner un statut officiel aux “Barbéchas” pour qu’ils ne soient plus illégaux ;
  • Leur assurer des droits sociaux : couverture santé, retraite, sécurité ;
  • Créer des espaces de tri propres et sûrs, en lien avec les communes ;
  • Lancer des campagnes d’information pour changer le regard porté sur eux ;
  • Et surtout, les impliquer dans les politiques publiques liées au recyclage.

Les “Barbéchas” travaillent sans droits, dans des conditions difficiles, pour un revenu minime. Mais ils participent, chaque jour, à rendre notre ville plus propre. Ignorer leur rôle, c’est construire une écologie injuste, qui exclut ceux qui la rendent possible.

Le travail de recherche a été également transformé en un documentaire produit par le FTDES. Ce film retrace, à travers des témoignages bouleversants et une analyse sociale rigoureuse, le quotidien difficile de ces travailleurs de l’ombre, privés de toute protection juridique et sociale. Il met en évidence la précarité économique, les souffrances physiques et psychologiques, et la stigmatisation que subissent ces acteurs essentiels d’un secteur pourtant marginalisé.

Forum Tunisien des Études Économiques et Sociales – (FTDES)

➡️ Une production engagée qui vise à sensibiliser l’opinion publique et à défendre la dignité et les droits de celles et ceux qui vivent du recyclage informel.

➡️ Documentaire disponible sur YouTube

FTDES

Consulter l’étude

 “Les Barbéchas : acteurs invisibles de la gestion des déches en Tunisie" - (également disponible, gratuitement, en version papier, au local du FTDES).

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