Chaque année, le World Economic Forum (WEF) consulte des milliers d’experts à travers le monde pour brosser le portrait des dangers qui menacent notre avenir. L’édition 2026; réalisée en collaboration avec l’IACE; est sans ambiguïté : tensions entre grandes puissances, fausses informations, dérèglement climatique et inégalités forment un cocktail explosif. Mais la Tunisie, elle, regarde ailleurs, vers le chômage, les services publics défaillants et une économie sous pression.
Le 14 janvier 2026, le WEF a publié la 21ème édition de son rapport phare sur les dangers qui menacent la planète. Pour le produire, 1300 dirigeants, experts, universitaires et représentants gouvernementaux issus de plus d’une centaine de pays ont été interrogés entre mars et juin 2025. Pour la Tunisie, c’est l’IACE, partenaire officiel du Forum, qui a conduit l’enquête auprès d’un échantillon représentatif. Le résultat est un tableau saisissant de ce qui tient éveillés les décideurs de la planète, et de ce qui préoccupe les Tunisiens en particulier. Deux visions du monde qui, à bien des égards, ne se ressemblent pas.

Dans le monde : guerres économiques et mensonges numériques en tête
À l’échelle mondiale, les experts sont formels : le danger le plus immédiat en 2026 n’est ni une pandémie ni une catastrophe naturelle. C’est la confrontation entre grandes puissances économiques qui arrive en tête, citée par 18% des répondants. Derrière ce terme se cache une réalité concrète : guerres commerciales, sanctions, blocs qui se forment et chaînes d’approvisionnement qui se fragmentent à l’échelle mondiale.
En deuxième position arrive la menace de conflits armés entre États, citée par 14% des experts. Puis les catastrophes climatiques (ouragans, inondations, canicules) avec 8% des répondants. Viennent ensuite la polarisation sociétale, c’est-à-dire les sociétés de plus en plus divisées incapables de s’entendre sur les faits élémentaires, et la désinformation, ces fausses informations qui circulent à toute vitesse et empoisonnent le débat public (7% chacune).
Ce classement dit quelque chose d’essentiel : aujourd’hui, les experts craignent autant les tensions entre humains que les catastrophes naturelles. Et ils voient dans la prolifération des mensonges numériques une menace systémique au même titre qu’un conflit armé.
Ce tableau évolue selon l’horizon considéré. À court terme, d’ici 2028, la confrontation géopolitique reste dominante mais la désinformation monte en puissance. Sur le long terme, à l’horizon 2036, c’est l’environnement qui prend le dessus : catastrophes climatiques, perte de biodiversité et dégradation des systèmes terrestres occupent les premières places. Quant aux effets négatifs de l’intelligence artificielle, ils affichent la trajectoire la plus ascendante de toutes les catégories sur le long terme, un signal d’alarme que les experts ne minimisent plus.
En Tunisie : des peurs bien plus proches du quotidien

Mais ce panorama mondial ne dit rien de ce qui inquiète vraiment les Tunisiens. Et c’est là que la singularité est frappante. En 2026, le danger jugé le plus préoccupant en Tunisie est le chômage et le manque d’opportunités économiques pour les jeunes. En deuxième place arrive l’insuffisance des services publics et des dispositifs de protection sociale, éducation, infrastructures, retraites. Puis le ralentissement économique, l’endettement et l’inflation complètent ce top 5 resté remarquablement stable depuis plusieurs années.
Ce qui marque, c’est la cohérence de ce classement dans le temps. Depuis 2023, les préoccupations tunisiennes tournent autour des mêmes thèmes économiques et sociaux. Les tensions géopolitiques et les effets de l’intelligence artificielle, si présents dans les classements mondiaux, n’apparaissent tout simplement pas dans le top 5 tunisien. Un signe que les préoccupations locales restent fermement ancrées dans le vécu immédiat : trouver un emploi, accéder à des soins, bénéficier d’une retraite décente.
Une autre donnée interpelle : en 2026, les dangers environnementaux ont disparu du top 5 tunisien, alors qu’ils y figuraient les années précédentes, notamment la pénurie d’eau. Cette disparition ne signifie pas que le problème est résolu. Elle traduit plutôt une saturation des préoccupations économiques et sociales, qui occupent désormais tout l’espace de la perception collective des menaces.
Dans le monde arabe : une région à deux vitesses

La Tunisie n’est pas seule dans ce cas. Un regard sur l’ensemble des pays arabes confirme une tendance de fond : dans la grande majorité de ces pays (Maroc, Algérie, Égypte, Jordanie, Iraq) les préoccupations économiques et sociales dominent également. Chômage, ralentissement, endettement, inflation : les mêmes mots reviennent d’un bout à l’autre de la région.
Mais des exceptions révélatrices émergent. L’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis placent les effets négatifs de l’intelligence artificielle parmi leurs premières préoccupations, absente chez leurs voisins, cette crainte reflète leur niveau de développement technologique plus avancé. Le Maroc, confronté à des sécheresses récurrentes, maintient la pénurie d’eau et d’alimentation dans son top 5. Le Qatar, lui, intègre le risque de conflits armés entre États et les dangers biologiques ou chimiques, reflet d’une position géopolitique très différente.
Ces variations dessinent une vérité simple mais fondamentale : les dangers que l’on perçoit comme prioritaires dépendent toujours de là où l’on vit, de ce que l’on a déjà traversé, et de ce que l’on craint de perdre. Construire un avenir plus résilient suppose d’abord de reconnaître cette diversité des vulnérabilités, et d’y répondre avec des politiques à la mesure de chaque réalité.
WEF- Word Economic ForumIACE -Institut arabe des chefs d’entreprises
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"Les Risques Globaux-21ème édition du Rapport du World Economic Forum : 2026, publié par l'IACE en partenariat avec le World Economic Forum.