En Tunisie, l’éducation est et sera toujours le fer de lance d’un développement économique soutenable. Son rôle d’ascenseur social est soutenu par un cadre règlementaire qui impose une éducation obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans ainsi que des politiques sociales allant des transferts sociaux jusqu’à l’hébergement scolaire. De tels efforts fournis et pourtant cette dernière décennie se caractérise par les plus hauts taux de décrochage scolaire jamais observés alimentant la population NEET en Tunisie. Ces milliers d’enfants désormais en marge du système scolaire dénonce la prérogative d’une analyse régionale des dimensions de l’éducation inclusive pour des politiques publiques ciblées qui répondent à des besoins aussi spécifiques que nécessaires.
Les taux de scolarisation en enseignement primaire et secondaire en Tunisie ont toujours dépassé les 90% grâce principalement à une législation qui impose l’éducation obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, aux politiques sociales de gratuité de l’éducation ainsi qu’aux transferts sociaux pour les populations vulnérables. Malgré ces efforts, cette dernière décennie se distingue par le phénomène de décrochage scolaire surtout au niveau de l’éducation secondaire et avec des disparités régionales accrue. Est-ce que l’école tunisienne est inclusive ? Comment expliquer cette exclusion croissante de nos bancs de l’école et surtout que faut-il faire pour y remédier ?
L’éducation inclusive est multidimensionnelle et nécessite une exploration sociale, éducative et économique du système éducatif en Tunisie à travers une analyse croisée des performances scolaires, des politiques éducatives locales, ainsi que des efforts déployés pour inclure tous les enfants dans le système éducatif. Les résultats sont sans appel, dissipant le mirage de l’éducation inclusive.
Les obstacles à l’école : handicap, pauvreté, éloignement
La déclaration de Salamanca de 1994 (UNESCO) défini l’envergure de l’expression « éducation inclusive » qui ne concerne pas uniquement les enfants a besoin spécifique tel communément admis. Elle concerne tous les enfants vulnérables ou chacun a droit à une éducation de qualité quelle que soit les raisons de déprivation (santé, pauvreté ou accessibilité).
Pour répondre à cette prérogative d’inclusivité, différentes dimensions doivent être évaluées. La dimension culturelle d’inclusivité reflète la capacité de l’environnement socio-économique de l’apprenant à développer la culture d’inclusivité dans un système éducatif ou plus précisément un établissement éducatif. La dimension pratique relève de la capacité réelle d’un établissement scolaire à accueillir un enfant a besoins spécifiques physique ou économique dans une salle de classe avec les autres apprenants dits normaux. La dimension « politiques publiques » couvre toutes les politiques sociales mise en vigueur pour assurer une éducation pour tous.
Quantifier ces trois dimensions et les confronter à la performance des systèmes éducatifs révèle une mosaïque régionale d’inclusivité.

Le désavantage régional révélé
La cartographie des différents indicateurs éducatifs au niveau des 24 gouvernorats majorés des résultats des données de l’enquête ménage dévoile des différences marquées dans les efforts d’inclusion.
- Les régions côtières comme Tunis, Sousse, Sfax ou Ben Arous affichent de bons résultats : un système éducatif performant grâce a de solides infrastructures et un encadrement de qualité.
- Les régions de Kairouan, Sidi Bouzid, Siliana ou Jendouba, multiplient les efforts pour garantir l’accès à l’éducation des apprenants issus d’un environnement socio-économique vulnérable en mettant à leur disposition les cantines scolaires, des bourses d’études et un soutien social.
- D’autres régions à l’instar de Beja ou Tozeur révèlent le dilemme performance- inclusion ; de bons résultats scolaires mais un taux élevé de décrochage; qui nécessite une analyse plus profonde pour pouvoir l’expliquer.
Ces résultats démontrent clairement un gap entre la théorie et la pratique dans l’éducation inclusive.

L’inclusion, une responsabilité collective
L’objectif d’une école inclusive palpable est conditionné non seulement par les lois en vigueur mais aussi par la fédération des efforts de tous les acteurs ; parents, cadre éducatifs, établissements scolaires, autorité de tutelle et associations, pour assurer les assises nécessaires aux trois dimensions de l’éducation inclusive (culture, pratiques et politiques publiques). Pour ce faire, la centralisation des données sur les apprenants a besoins spécifiques socio-économique et, surtout, les enfants ayant un handicap, est une nécessité absolue pour la mise en place de politiques publiques efficace et qui répond aux besoins identifiés au niveau local. D’un point de vue pédagogique, les directeurs des établissements scolaires jouent un rôle catalyseur dans le développement des pédagogie inclusives et bienveillantes. L’implication des parents d’élèves structurée à travers le travail associatif est aussi importante en amont à travers la sensibilisation et le suivi des apprenants a besoins spécifique.
Des solutions concrètes existent déjà et qu’il faudrait renforcer tels:
- La mise en place de transports scolaires gratuits, sécurisés et adaptés aux enfants handicapés.
- Des programmes de soutien scolaire individualisé
- La formation des enseignants à la gestion de la diversité
Mais ces initiatives restent encore dispersées et souvent limitées à quelques zones pilotes.
L’éducation inclusive ne peut être un mirage. Faisant partie des objectifs du développement durable, il est désormais le halo de toutes politique publique éducative pour qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte. Une école inclusive n’est pas seulement une école qui ouvre ses portes à tous les enfants. C’est une école qui s’adapte, qui soutient, qui écoute et qui évolue pour répondre aux besoins réels de tout enfant en âge de scolarisation.

En Tunisie, les fondations sont posées, mais le chemin reste long. Réduire les inégalités régionales, renforcer les moyens humains et matériels, impliquer toutes les parties prenantes : ce sont là des conditions indispensables pour que l’école joue pleinement son rôle d’ascenseur social. Offrir à chaque enfant une chance égale d’apprendre et de réussir, c’est bien plus qu’un objectif éducatif. C’est un choix de société.
Nadia Zrelli Ben Hamida- Enseignante universitaire à l’IHEC de Carthage, Université de Carthage. Membre du laboratoire de recherche DEFI, Université de Tunis. VP-MENA Global Inclusive Economy Society ( gies.global)
Consulter l'étude
"Tunisian Inclusive Education: A Multi-Pronged Regional Approach", publiée dans la Revue Région et Développement, n°60, 2024.