La mondialisation au défi du transport en Tunisie

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La mondialisation bouleverse nos façons de commercer et de circuler. En Tunisie, le secteur du transport se trouve en première ligne : il soutient l’ouverture économique du pays mais révèle aussi ses fragilités. Retour sur quarante ans de transformations et de défis.

Depuis plusieurs décennies, la mondialisation relie les économies et rapproche les peuples. Elle repose sur la fluidité des échanges : marchandises, capitaux, technologies et informations franchissent les frontières plus rapidement que jamais. Toutefois, sans un système de transport efficace, cette ouverture resterait un simple slogan.

En Tunisie, par sa position stratégique au cœur de la Méditerranée, le transport joue un rôle vital dans l’intégration du pays à l’économie mondiale. Routes, rails, ports et aéroports sont les artères qui permettent au commerce international de circuler. Pourtant, si l’ouverture a offert de belles perspectives, elle a aussi mis en lumière les limites structurelles d’un secteur clé.

Quand la mondialisation passe par les ports et les routes

La Tunisie est fortement intégrée dans les flux commerciaux internationaux. L’Europe représente plus de trois quarts de ses échanges, et près des deux tiers des investissements étrangers proviennent de l’Union Européenne. Sur le plan régional, le pays mise aussi sur l’accord de libre-échange africain pour porter à 5% ses exportations vers le continent d’ici 2026-2027.

Dans cette dynamique, le transport est central. Le mode maritime domine largement : les ports de Rades, La Goulette, Sfax ou Bizerte concentrent l’essentiel du trafic. En 2015, ils ont accueilli 28 millions de tonnes de marchandises et près de 730 000 passagers.

Le transport routier complète ce dispositif en reliant les ports et les zones industrielles. Il représente à lui seul près de la moitié de la valeur ajoutée du secteur. Les transports aérien et ferroviaire restent plus modestes, mais ils contribuent aussi à l’équilibre global.

Des stratégies ambitieuses, des retards persistants

Dès la fin des années 1990, la Tunisie a cherché à moderniser son réseau pour répondre aux exigences de la mondialisation. Autoroutes, lignes ferroviaires électrifiées, modernisation des aéroports et ports : de grands projets ont vu le jour, soutenus par des partenaires comme la Banque mondiale ou l’Union Européenne.

Entre 2002 et 2006, le transport représentait près de 20% des investissements du pays. L’objectif était clair : offrir un système efficace et peu coûteux, capable de soutenir la compétitivité des entreprises exportatrices.

Pourtant, les avancées ont été fragilisées par les crises politiques et économiques. Après la révolution de 2011, les investissements étrangers ont reculé et plusieurs chantiers ont pris du retard. En 2014, la Tunisie a chuté de la 60ème à la 118ème place mondiale en termes de performance logistique. Dans le Grand Tunis, le réseau de bus n’opérait plus qu’avec 220 véhicules, un chiffre dérisoire face aux besoins.

Quels leviers pour relever le défi ?

Conscientes de l’urgence, les autorités tunisiennes ont relancé en 2016 une stratégie de long terme avec un Plan national de transport à l’horizon 2040. L’objectif : rattraper le retard et transformer le secteur en moteur de croissance.

Parmi les priorités figurent :

  • Le port en eaux profondes d’Enfidha, un mégaprojet stratégique pour faire de la Tunisie une plateforme logistique régionale, encore en attente de concrétisation.
  • L’extension du port de Rades, afin de désengorger le trafic et d’accueillir de plus grands navires.
  • La modernisation du transport ferroviaire, avec l’ouverture à de nouveaux opérateurs et l’intégration des technologies intermodales (combinant route, rail et mer).
  • Le développement de la flotte nationale et la formation, pour mieux répondre aux besoins de l’économie mondialisée.

Ces réformes visent à mieux connecter la Tunisie au commerce mondial, à attirer des investissements étrangers et à créer des emplois qualifiés dans les métiers du transport.

Le transport est plus qu’une question d’infrastructures : il conditionne la compétitivité et l’ouverture de la Tunisie. S’il a accompagné l’intégration du pays dans la mondialisation, ses limites structurelles ont freiné son potentiel.

Les projets en cours peuvent transformer la position géographique de la Tunisie en atout stratégique et faire du pays un carrefour incontournable entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Cependant, tout dépendra de la capacité à mener les réformes à terme.

Ahmed Debal – Institut Supérieur de Transport et de la Logistique de Sousse
Torkia Souiai –Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de Sfax
Kaies Samet – Maître de Conférence en Sciences Economiques; Coordinateur pédagogique de la LNST-POT 

Consultez l’étude

The Impact of Globalization on the Transport Sector: The Case of Tunisia", publiée dans ISSN(e) : 2222-6737 ISSN(p): 2305-2147 DOI: 10.55493/5002.v14i8.

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