Innover ou exporter ? Les entreprises tunisiennes n’ont pas à choisir

Ecotous
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Et si les entreprises tunisiennes n’avaient pas à choisir entre innover et exporter ?
Dans les faits, les deux vont souvent de pair. Une étude menée par Wided Mattoussi et Mohamed Ayadi, publiée dans le Journal of African Economies, montre que les entreprises manufacturières tunisiennes qui combinent innovation et exportation améliorent nettement leurs performances. Un constat simple, mais structurant pour comprendre les dynamiques industrielles du pays.

Dans un contexte de concurrence internationale accrue, les entreprises industrielles tunisiennes font face à un double défi : rester compétitives et conquérir de nouveaux marchés. Deux leviers sont souvent avancés : l’innovation et l’exportation. Mais faut-il privilégier l’un au détriment de l’autre, ou au contraire les activer ensemble? L’étude de Wided Mattoussi et Mohamed Ayadi, intitulé : “The dynamics of exporting and innovation : Evidence from the Tunisian manufacturing sector”, apporte des éléments de réponse concrets. En analysant des entreprises manufacturières tunisiennes sur la période 2004-2006, les auteurs examinent les liens entre exportation, investissement en recherche et développement (R&D) et performance économique. Leur objectif est clair : comprendre si les entreprises qui exportent innovent davantage, si celles qui innovent exportent plus, et surtout, si la combinaison des deux améliore réellement les performances.

Exporter et innover : deux décisions liées

Contrairement à une idée répandue, exportation et innovation sont étroitement liées. Certaines entreprises sont déjà plus productives avant même de se lancer dans l’export ou la R&D. C’est ce que l’on appelle l’effet de sélection : seules les entreprises les plus performantes peuvent supporter les coûts liés à ces activités. Mais l’exportation ne se limite pas à un débouché commercial. Elle agit aussi comme un levier d’apprentissage. En se confrontant à de nouveaux marchés, à des clients plus exigeants et à une concurrence plus intense, les entreprises acquièrent de nouvelles connaissances. Ces apprentissages nourrissent ensuite l’innovation et améliorent les méthodes de production. Les résultats mis en évidence par Mattoussi et Ayadi sont clairs : les entreprises tunisiennes qui investissent dans la R&D ont plus de chances d’exporter, et celles qui exportent sont plus enclines à innover.

Résultat clé : l’exportation et l’innovation se renforcent mutuellement.

Toutes les entreprises ne bénéficient pas de la même manière

L’étude distingue plusieurs profils d’entreprises : certaines exportent une partie de leur production, d’autres sont fortement tournées vers l’export, et certaines restent exclusivement sur le marché local.

Les effets ne sont pas les mêmes pour toutes. La combinaison exportation-innovation produit les résultats les plus marqués pour les entreprises majoritairement ou entièrement exportatrices. Pour elles, cette interaction améliore significativement la performance économique.

À l’inverse, les entreprises qui exportent de manière partielle en tirent des bénéfices plus limités. Une présence ponctuelle sur les marchés internationaux ne suffit pas toujours à enclencher une dynamique durable.

Résultat clé : plus l’engagement à l’export est fort, plus les gains liés à l’innovation sont importants.

Ce que cela dit de la performance industrielle

L’un des principaux enseignements de l’étude est que ni l’innovation seule, ni l’exportation seule ne suffisent.

C’est leur combinaison qui crée un effet cumulatif :

  1. L’innovation améliore la qualité et la productivité.
  2. L’exportation expose l’entreprise à de nouveaux savoirs.
  3. Ces apprentissages renforcent à leur tour la capacité d’innover.

Résultat clé : la performance industrielle naît de cette interaction.

Enseignements pour la politique industrielle tunisienne

Ces résultats éclairent plusieurs enjeux de politique industrielle.

  • Soutenir l’innovation sans faciliter l’accès aux marchés internationaux limite l’impact des efforts engagés.
  • Encourager l’exportation sans accompagner l’innovation réduit les gains potentiels.

L’étude met ainsi en évidence l’intérêt d’une approche intégrée :

  • Encourager simultanément innovation et exportation.
  • Cibler les entreprises capables de s’inscrire durablement sur les marchés internationaux.
  • Renforcer les dispositifs favorisant l’apprentissage par l’export.

Sans formuler de recommandations explicites, les résultats montrent que les stratégies industrielles gagnent à considérer l’entreprise comme un ensemble cohérent, où les choix d’innovation et d’exportation sont étroitement liés.

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“The dynamics of exporting and innovation : Evidence from the Tunisian manufacturing sector”, réalisé par "Wided Mattoussi, Pr. universitaire et économiste spécialisée en économie industrielle et quantitative - Department of Quantitative Methods (Université de Jendouba / LAREQUAD) & Mohamed Ayadi, Chercheur et Pr. en économie quantitative- Department of Quantitative Methods (Institut Supérieur de Gestion de Tunis, Université de Tunis), publié dans le Journal of African Economies, 26(1), 52-66.

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