La Tunisie exporte beaucoup, mais principalement vers un nombre restreint de partenaires européens. Cette dépendance structurelle fragilise son économie dans un contexte mondial marqué par les crises énergétiques, les tensions géopolitiques et les profondes mutations des échanges internationaux.
Depuis des décennies, la Tunisie souffre d’un déficit commercial chronique : nos importations dépassent nos exportations, en particulier à cause de l’énergie. En 2022, ce déficit a dépassé les 3,6 milliards de dollars. Certes, en 2023 une légère amélioration a été observée, mais le problème reste structurel.
Aujourd’hui, près de 75% de nos exportations vont vers l’Union européenne, principalement la France, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne. Ce déséquilibre pose un risque : dépendre trop fortement de quelques marchés dans un monde où les crises internationales se multiplient (Covid-19, guerre en Ukraine, hausse des prix du pétrole, changement climatique, tensions au Moyen-Orient).
Publié en décembre 2024 par la Fondation Friedrich-Naumann pour la liberté et le Laboratoire d’Intégration Économique Internationale (Université de Tunis El Manar), ce policy paper trace des pistes pour repenser la stratégie d’exportation tunisienne et explorer de nouveaux marchés capables de réduire le déficit commercial et de renforcer la résilience économique du pays.
La dépendance à l’Europe : un modèle à bout de souffle
Historiquement, la Tunisie a tissé des liens forts avec l’Europe. Depuis l’Accord d’Association de 1995, les barrières douanières sont tombées sur de nombreux produits industriels. Résultat : nos ventes vers l’UE représentent encore aujourd’hui les trois quarts de nos exportations.

Mais cette concentration est une faiblesse. Si l’économie européenne ralentit, la Tunisie en subit directement les effets. L’étude rappelle que même nos marchés « traditionnels » (France, Italie) ne sont pas encore pleinement exploités, preuve que nous pouvons faire mieux.
De nouvelles routes pour l’exportation tunisienne
Le policy paper utilise un modèle gravitationnel, un outil qui permet d’estimer le potentiel commercial avec différents pays en fonction de leur PIB, de la distance, des accords signés, ou encore de la langue commune. Les résultats sont clairs : 14 marchés apparaissent comme sous-exploités. Parmi eux, plusieurs sont inattendus :
- Pays voisins et région MENA : Arabie Saoudite, Égypte, Turquie.
- Pays émergents à fort PIB et forte population : Chine, Inde, Brésil.
- Partenaires déjà proches mais encore peu exploités : Belgique, Suisse.
Ces marchés représentent de véritables opportunités de diversification, à condition d’investir dans la logistique, le transport et la compétitivité.

Comment transformer l’essai ?
Pour concrétiser ces opportunités, les auteurs formulent plusieurs recommandations pratiques :
- Moderniser les infrastructures logistiques : Réduire les délais portuaires (actuellement 17 jours au port de Radès contre 2 en Europe) et digitaliser les procédures douanières.
- Multiplier les liaisons directes : Développer des lignes maritimes et aériennes vers les marchés cibles (par ex. Turquie, Arabie Saoudite, Inde), afin de réduire l’effet « distance » qui pèse sur nos exportations.
- Investir dans les énergies renouvelables : La compétitivité future passera aussi par une réduction de l’empreinte carbone. En investissant dans le solaire et l’éolien, la Tunisie peut améliorer son image à l’international et séduire des acheteurs européens soucieux de critères environnementaux.
- Accompagner les entreprises tunisiennes : Renforcer la présence commerciale sur les marchés porteurs (Arabie Saoudite, Chine, Brésil) et soutenir les PME avec des assurances adaptées à l’exportation.

La Tunisie a toujours regardé vers l’Europe pour vendre ses produits. Mais dans un monde en mutation, diversifier nos débouchés est devenu une urgence. L’Inde, la Chine, le Brésil ou encore l’Arabie Saoudite sont autant de marchés où la Tunisie peut trouver de nouvelles opportunités, à condition de moderniser ses infrastructures et d’investir dans la durabilité.
FNF – Fondation Friedrich Naumann pour la liberté
Laboratoire d’Intégration Économique Internationale –(Université de Tunis El Manar)
Consulter le Policy Paper
“Les marchés des exportations tunisiennes dans un monde en mutation”, Fondation Friedrich Naumann pour la liberté en collaboration avec le Laboratoire d’Intégration Économique Internationale (Université de Tunis El Manar), décembre 2024.