À la sortie de l’université, beaucoup de jeunes Tunisiens rêvent de créer leur propre projet. Pour d’autres, l’idée reste incertaine, intimidante ou lointaine. Derrière ces hésitations se cachent des mécanismes précis. Une étude menée dans les universités tunisiennes permet de comprendre ce qui déclenche réellement l’envie d’entreprendre, et pourquoi l’enseignement de l’entrepreneuriat ne suffit pas toujours à la faire naître.
En Tunisie, l’entrepreneuriat est souvent présenté comme une réponse au chômage des diplômés et comme un moteur potentiel de croissance. Face à un marché du travail tendu, créer son entreprise apparaît pour beaucoup comme une alternative crédible, parfois même comme une nécessité.
Mais entreprendre n’est pas un réflexe spontané. Avant toute création, il existe une étape décisive : l’intention entrepreneuriale. Cette intention correspond à la volonté réelle de se lancer, bien avant la recherche de financement ou le dépôt d’un dossier.
L’étude présentée ici s’est intéressée à une question centrale : qu’est-ce qui pousse un étudiant tunisien à vouloir créer son entreprise ? Pour y répondre, une enquête a été menée auprès de 229 étudiants des universités du Grand Tunis et de Sfax. Les résultats offrent un éclairage précieux pour les universités, les décideurs publics et tous ceux qui souhaitent encourager l’esprit d’initiative chez les jeunes.
L’intention d’entreprendre : un choix construit, pas un hasard
Contrairement à une idée reçue, la décision d’entreprendre ne relève pas de l’improvisation. Elle s’inscrit dans un processus réfléchi, nourri par des perceptions, des croyances et des évaluations personnelles.
Les résultats montrent que l’intention entrepreneuriale repose sur trois grands facteurs:
- La manière dont l’étudiant perçoit l’entrepreneuriat,
- L’influence de son entourage,
- Le sentiment d’être capable de mener un projet à bien.
Mais ces facteurs n’ont pas tous le même poids. Le facteur le plus déterminant est l’attitude personnelle. Plus un étudiant perçoit l’entrepreneuriat comme une opportunité positive, valorisante et porteuse d’avenir, plus son envie d’entreprendre est forte. À l’inverse, lorsque la création d’entreprise est associée au risque, à l’échec ou à l’incertitude, l’intention s’affaiblit nettement.

La confiance en soi, levier discret mais décisif
Le deuxième élément clé est la confiance en ses capacités. Il ne s’agit pas de compétences réelles, mais de compétences perçues. L’étudiant se demande :
Ai-je les capacités pour identifier une idée ? Planifier un projet ? Travailler avec d’autres ? Gérer une équipe ?
Lorsque ce sentiment de compétence est élevé, l’intention entrepreneuriale augmente. Cette confiance agit comme un moteur silencieux : sans elle, même une bonne idée peut rester au stade de l’envie.
En revanche, l’influence de l’entourage joue un rôle plus indirect qu’on ne l’imagine. Le regard de la famille, des amis ou des enseignants ne déclenche pas directement la décision d’entreprendre. Il agit surtout en façonnant l’image de l’entrepreneuriat et la confiance que l’étudiant a en lui-même.
Le regard des autres comptes, mais surtout à travers ce qu’il change dans la perception personnelle.
L’éducation entrepreneuriale : nécessaire, mais pas suffisante
L’un des résultats les plus marquants de l’étude concerne l’éducation entrepreneuriale. Contrairement aux attentes, suivre des cours d’entrepreneuriat n’entraîne pas automatiquement une envie plus forte de créer une entreprise.
Dans certains cas, ces formations peuvent même freiner l’intention, en mettant en lumière la complexité du parcours entrepreneurial. Mais ce constat change lorsque l’éducation agit sur deux dimensions essentielles :
- L’image que l’étudiant se fait de l’entrepreneuriat,
- La confiance en ses capacités à entreprendre.
Lorsque les formations renforcent ces deux leviers, leur impact devient clairement positif. La question n’est donc pas “faut-il enseigner l’entrepreneuriat ?”, mais “comment l’enseigner ?”
Les dispositifs pédagogiques les plus efficaces sont ceux qui permettent aux étudiants de se projeter concrètement, d’expérimenter et de développer une véritable confiance en eux.

Ce que cette étude change pour les universités et les politiques publiques
Si l’entrepreneuriat est appelé à jouer un rôle dans l’absorption du chômage des diplômés, alors l’action publique et universitaire doit être plus ciblée.
Encourager l’esprit d’entreprendre ne consiste pas seulement à multiplier les modules de formation. Il s’agit surtout de :
- Travailler sur les représentations de l’entrepreneuriat,
- Renforcer la confiance des étudiants,
- Créer un environnement universitaire qui rende l’initiative possible et désirable.
Dans un pays où l’entrepreneuriat est souvent présenté comme une solution économique, cette approche plus fine devient indispensable.
Dr. Houyem JARRAYA– FSEGT, Université Tunis-El Manar – Coach certifié en Profiling “Nova Global”- Formatrice et Coach en Entrepreneuriat – Membre du Laboratoire de Recherche LISEFE
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"JARRAYA. H (2024) “Le développement de l’intention entrepreneuriale des étudiants de l’université tunisienne : Impact des antécédents à l’intention et de l’Education Entrepreneuriale”, Revue Internationale des Sciences de Gestion “Volume 7 : Numéro 1”, pp : 533-560.