Décrypter les profils professionnels de la Génération Z : Entre stabilité, ambition ou liberté ?

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On parle souvent des employés de la “Génération Z” comme d’un bloc homogène, animé par les mêmes attentes et le même rapport au travail. Pourtant, derrière cette étiquette se cachent des trajectoires, des priorités et des visions très différentes. Une analyse menée en Tunisie, en essayant de répondre à cette question : ” les employés de la “génération Z” sont-ils homogènes, ou existe-t-il des profils différents en fonction de leurs valeurs au travail ?”, montre que les jeunes actifs de la “Gen Z” ne forment pas un groupe uniforme, mais se répartissent en profils distincts, en fonction de leurs valeurs au travail. 

Comprendre ce que la “Génération Z” valorise réellement dans le travail est devenu un enjeu central pour les entreprises, les managers et les décideurs publics. Encore faut-il dépasser les clichés. Une analyse fine des valeurs professionnelles de jeunes salariés tunisiens permet justement de mettre en lumière cette diversité, en identifiant plusieurs profils types, chacun structuré autour de priorités bien spécifiques.

Un jeune diplômé arrive à son bureau pour la première fois, quelque part en Tunisie. Il consulte son téléphone, échange quelques messages, puis s’installe devant son écran. Pour certains, ce moment marque le début d’une carrière à construire pas à pas. Pour d’autres, c’est avant tout un moyen de préserver un équilibre de vie. Pour d’autres encore, c’est une opportunité d’apprendre, de progresser rapidement et de laisser une empreinte.

Ces situations, apparemment ordinaires, révèlent pourtant une réalité plus profonde. Contrairement à une idée largement répandue, les jeunes actifs nés à l’ère du numérique ne forment pas un groupe homogène. Leur rapport au travail, leurs attentes et leurs priorités varient fortement d’un individu à l’autre.

Comprendre ce que la “Génération Z” valorise réellement dans le travail est devenu un enjeu central pour les entreprises, les managers et les décideurs publics. Encore faut-il dépasser les clichés. Une analyse fine des valeurs professionnelles de jeunes salariés tunisiens permet justement de mettre en lumière cette diversité, en identifiant plusieurs profils types, chacun structuré autour de priorités bien spécifiques.

Une approche quantitative via une enquête par questionnaire en ligne, diffusée à travers les médias sociaux, auprès des employés actifs de la “génération Z” est effectuée. Au total, 152 employés ont participé à notre enquête. L’analyse typologique a été utilisée afin de déterminer l’existence de groupes homogènes en ce qui concerne les valeurs liées au travail. Les résultats indiquent que les profils au sein de la “génération Z” ne sont pas homogènes, identifiant ainsi trois types distincts : le fonctionnaire – bienveillant, le carriériste et l’indépendant.

Stabilité et solidarité : le fonctionnaire – bienveillant

Minoritaire mais clairement identifié, ce premier profil regroupe des jeunes pour qui le travail est avant tout un espace de stabilité et de relations humaines. Ces salariés accordent une importance particulière à la sécurité de l’emploi, à la qualité des relations avec leurs collègues et au sentiment d’être utiles aux autres.

Ils valorisent la capacité à organiser et encadrer un groupe, à coopérer et à contribuer à un climat de travail apaisé. L’entraide, les interactions sociales et la solidarité professionnelle occupent une place centrale dans leur manière d’envisager le travail.

Ce profil renvoie à une vision relativement classique de la vie professionnelle, souvent associée à des organisations stables et structurées. Il reflète aussi une sensibilité aux incertitudes économiques : dans un contexte marqué par la précarité de l’emploi, la stabilité demeure pour certains jeunes un repère essentiel.

Ambition et progression : le carriériste

C’est le profil le plus représenté parmi les jeunes actifs étudiés. Ici, le travail est perçu comme un levier de développement personnel et professionnel. Ces jeunes cherchent avant tout à apprendre, à renforcer leurs compétences et à évoluer rapidement dans leur carrière.

Ils attachent une grande importance :

  • À l’épanouissement personnel,
  • À l’intérêt du travail,
  • À la formation continue,
  • Mais aussi à la reconnaissance, à la rémunération et à l’accès à l’information.

Ce profil incarne une “Génération Z” ambitieuse et exigeante, désireuse de donner du sens à ce qu’elle fait tout en étant reconnue pour ses efforts. Le travail doit être stimulant, porteur d’opportunités et s’inscrire dans un environnement dynamique et agréable.

Liberté et équilibre : l’indépendant

Le troisième profil met en avant une autre priorité : l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ces jeunes valorisent fortement la flexibilité des horaires, la possibilité d’organiser librement leur temps et une relation de travail fondée sur la confiance.

Ils recherchent :

  • Un rythme de travail adaptable,
  • Un manager coopératif,
  • La possibilité de diversifier leurs tâches,
  • Et une réelle autonomie dans leur activité quotidienne.

Le travail n’est pas rejeté, mais il ne doit pas envahir tous les autres espaces de la vie. Ce rapport au travail illustre une transformation plus large : pour une partie de la “Génération Z”, la réussite professionnelle ne se mesure plus uniquement en termes de statut ou de progression hiérarchique, mais aussi à l’aune du temps préservé et de la liberté conservée.

Ce que révèlent ces profils sur le travail aujourd’hui

Derrière ces profils se dessine une réalité souvent ignorée : l’inexistence d’un schéma de pensée propre à toute la génération. La “Génération Z” n’entretient pas un rapport unique au travail, mais une pluralité de logiques professionnelles qui coexistent et s’entrecroisent. Pris ensemble, ces trois profils montrent que la “Génération Z” ne peut être réduite à une seule image, ni à un seul modèle de réussite professionnelle. Certains jeunes privilégient la sécurité et le collectif, d’autres la progression et l’apprentissage, d’autres encore l’autonomie et la qualité de vie.

Cette diversité n’est pas anecdotique. Elle influence directement la motivation, l’engagement et la relation au travail. Pour les organisations, elle implique un changement de regard : il ne s’agit plus d’appliquer des politiques uniformes, mais de reconnaître la pluralité des attentes au sein même des équipes. Le développement d’une cartographie des employés recrutés fondée sur leurs valeurs au travail permettrait aux managers de déployer une gestion différenciée et individualisée des collectifs de travail. Dès lors, recrutement, management, organisation du travail, perspectives d’évolution : tous ces leviers gagnent à être pensés en tenant compte des valeurs professionnelles des jeunes actifs.

La “Génération Z” n’est ni uniforme, ni prévisible. Derrière le terme “jeunesse” se dessinent des parcours professionnels variés, structurés par des valeurs parfois complémentaires, parfois divergentes. Reconnaître cette diversité permet de mieux comprendre les transformations en cours du monde professionnel, mais aussi d’admettre que le travail n’occupe plus la même place, ni le même sens, pour tous les jeunes actifs. Cette prise de conscience constitue un préalable essentiel pour repenser les modes d’organisation et d’accompagnement du travail aujourd’hui.

 Amira Sghari Maître de conférences à l’ESSEC, Université de Tunis
Wafi Chtourou- Professeur. à l’IHEC, Université de Carthage
Sarra Ghattas –Doctorante à l’IHEC, Université de Carthage

Consulter l'article de recherche scientifique

“Decoding Gen Z Employee Profiles: Revealing Work Values”, publié dans la revue Recherches en Sciences de Gestion (n°159, 2023/6).

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