Covid-19 en Tunisie : La crise qui a mis l’économie à nu

Ecotous
7 Min Lire

La pandémie de Covid-19 n’a pas seulement mis à l’épreuve le système de santé tunisien. Elle a révélé, avec une brutalité inédite, les fragilités économiques et sociales accumulées depuis des années : dette élevée, chômage persistant, marges budgétaires limitées. Face au choc, l’économie tunisienne a vacillé. Que dit réellement cette crise du fonctionnement de l’État et des réformes nécessaires pour l’avenir ?

Au printemps 2020, la Tunisie avait surpris par sa capacité à contenir la première vague de Covid-19. Des mesures rapides et une mobilisation collective avaient permis de limiter la propagation du virus. Mais quelques mois plus tard, la deuxième vague a changé la donne. Le contexte budgétaire s’était fortement dégradé et les capacités de réaction de l’État s’étaient réduites.

La crise sanitaire s’est alors transformée en crise économique et sociale. Elle a frappé un pays déjà confronté à une croissance faible, à un chômage élevé et à un endettement public important. Dès lors, l’enjeu n’était plus seulement de gérer l’urgence, mais de comprendre ce que cette crise révélait des failles structurelles de l’économie tunisienne.

Cette lecture est développée dans un Policy Brief publié par le “Center for Mediterranean Integration (CMI) et FEMISE”. Rédigé par Hajer El Ouardani, économiste et professeure associée à l’Université de Tunis, le document explique que le Covid-19 n’a pas créé les difficultés économiques du pays : il a surtout mis en lumière des fragilités déjà présentes depuis plusieurs années.

Une économie fragilisée avant même la pandémie

Bien avant l’apparition du Covid-19, l’économie tunisienne présentait des déséquilibres persistants. Depuis 2011, les déficits budgétaires se sont multipliés, poussant l’État à recourir massivement à l’endettement. La dette publique, inférieure à 50% du PIB en 2010, avoisinait 75% en 2019 et a continué de progresser en 2020. Une large part étant libellée en devises étrangères, le pays s’est trouvé particulièrement exposé aux chocs extérieurs.

Cette situation s’est accompagnée d’un ralentissement durable de la croissance et d’un chômage structurellement élevé. Faute de marges financières, l’investissement public, notamment dans les infrastructures, a reculé. Le budget de l’État a été de plus en plus absorbé par les salaires et les dépenses courantes, au détriment d’investissements productifs capables de soutenir l’emploi et la compétitivité. Lorsque la pandémie est survenue, ces fragilités ont fortement limité la capacité de réponse économique.

Le choc du Covid-19 : une crise sociale et économique majeure

Les mesures sanitaires mises en place pour freiner la propagation du virus ont provoqué un arrêt brutal de l’activité économique. Au deuxième trimestre 2020, la Tunisie a enregistré une contraction historique de sa production, touchant particulièrement l’industrie, les services et le tourisme. Le commerce, le transport et l’hôtellerie ont été parmi les secteurs les plus affectés.

Cette chute d’activité a rapidement pesé sur l’emploi. Le chômage a progressé pour atteindre près de 18%, avec un impact particulièrement sévère sur les travailleurs du secteur informel. Représentant près de la moitié des emplois, ces travailleurs, sans protection sociale, se sont retrouvés en première ligne face à la perte de revenus et aux restrictions de déplacement.

L’État a mis en place des mesures de soutien pour amortir le choc. Si ces dispositifs ont apporté une aide immédiate, ils ont également accentué les tensions budgétaires et conduit à réduire certaines dépenses d’investissement, y compris dans le secteur de la santé, pourtant crucial dans ce contexte.

Repenser l’action publique pour sortir de la crise

Face à l’ampleur du choc, la gestion de l’urgence montre rapidement ses limites. À court terme, le soutien aux petites et moyennes entreprises apparaît essentiel. Elles constituent le cœur du tissu économique et jouent un rôle central dans la préservation de l’emploi. Maintenir leur trésorerie est une condition clé pour éviter une spirale de récession.

À moyen terme, la crise a mis en évidence la nécessité d’investir durablement dans la santé publique, en modernisant les infrastructures et en réduisant les inégalités territoriales. Une politique monétaire plus accommodante et un secteur financier mobilisé peuvent également soutenir l’investissement privé et accompagner la reprise.

Plus largement, comme le souligne le Policy Brief, la pandémie invite à repenser le rôle de l’État. Le renforcement de la protection sociale, l’amélioration de la gouvernance budgétaire et une meilleure coordination des politiques publiques apparaissent indispensables pour restaurer la confiance et réduire les fractures économiques et sociales.

Le Covid-19 n’a pas créé les fragilités de l’économie tunisienne : il les a mises en lumière. Endettement élevé, chômage persistant et faibles marges budgétaires ont rendu la crise plus difficile à gérer. Mais cette période ouvre aussi une opportunité : celle de repenser les politiques publiques et de replacer l’équité sociale au cœur du développement. La sortie de crise dépendra de la capacité à tirer les leçons de cette épreuve et à engager des réformes cohérentes, capables de renforcer la résilience économique et sociale du pays.

ECOTOUS

Consultez le Policy Brief

“COVID-19, Challenges and Opportunities: The Case of Tunisia”, publié en octobre 2020 dans la série COVID-19 MED Briefs, édité par le Center for Mediterranean Integration (CMI) et FEMISE, réalisé par Hajer El Ouardani, professeure associée en économie à l’École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales de Tunis - Université de Tunis.

Partager cet article
Leave a Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *