L’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement dans les entreprises tunisiennes. Perçue à la fois comme une promesse de modernisation et une source d’inquiétude, elle suscite des réflexions concrètes chez les dirigeants. Une étude récente dresse un état des lieux précis de leurs attentes, de leurs réticences et des usages envisagés.
Longtemps réservée aux grandes firmes technologiques, l’IA est aujourd’hui plus accessible et commence à intéresser un éventail plus large d’entreprises. Elle permet d’automatiser certaines tâches, d’analyser de grandes quantités de données et d’assister la prise de décision. En Tunisie, où la digitalisation avance de manière inégale, son adoption soulève des enjeux particuliers. Comprendre la perception des dirigeants tunisiens à ce sujet est essentiel. C’est l’objet de cet article, tiré de l’étude intitulée : “Perception de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les dirigeants tunisiens : motivations, freins et avantages perçus”, publiée dans la Revue Française d’Économie et de Gestion.

Un intérêt réel, mais conditionné
L’enquête révèle que 9 dirigeants sur 10 souhaitent intégrer l’IA dans leur entreprise. Cette volonté témoigne d’une prise de conscience des opportunités offertes par cette technologie. Réalisée auprès de 70 dirigeants issus de différents secteurs – principalement les services (25 entreprises), l’IT (19), l’industrie (12) et la finance (10); l’étude offre un aperçu représentatif de la diversité du tissu économique tunisien. Toutefois, sa mise en œuvre dépend de plusieurs facteurs, notamment la taille et les moyens de l’entreprise.
Les grandes structures disposent généralement de compétences internes et de ressources financières suffisantes pour envisager sereinement l’IA. Les petites entreprises, en revanche, se montrent plus prudentes, freinées par des contraintes budgétaires ou humaines.
Parmi les bénéfices attendus, les dirigeants citent avant tout l’amélioration de la rentabilité, la compétitivité sur un marché de plus en plus exigeant, et la réduction des erreurs humaines grâce à l’automatisation. L’IA est perçue comme un levier d’optimisation des coûts, mais aussi comme un moyen de moderniser les pratiques.
Cependant, plusieurs freins persistent. La sécurité des données inquiète particulièrement dans les secteurs sensibles comme la finance ou la santé. S’ajoutent la crainte des employés face à l’automatisation, source potentielle de pertes d’emploi, ainsi que le coût initial des technologies, souvent jugé élevé, notamment pour les PME.

Des usages concrets avant tout
Les dirigeants ne recherchent pas une transformation radicale, mais des solutions efficaces, applicables à court terme, répondant à des besoins spécifiques. L’étude met en évidence quatre domaines où l’IA est jugée prioritaire :
- Relation client et fournisseur : meilleure compréhension des attentes, anticipation des besoins, gain de temps grâce à des outils comme les “chatbots”.
- Comptabilité et finance : automatisation de la saisie, suivi des paiements, élaboration des bilans, avec moins d’erreurs et plus de rapidité.
- Gestion des produits et services : amélioration des processus de production, gestion optimisée des stocks, ajustement des offres selon la demande.
- Systèmes d’information internes : centralisation et sécurisation des données pour un accès facilité et une meilleure fiabilité.

Les bénéfices attendus sont clairs : automatiser les tâches peu valorisantes (31 %), améliorer l’efficacité globale et l’expérience client (26 % chacun), et soutenir une prise de décision plus rapide, appuyée sur l’analyse en temps réel des données.
Encourager une adoption progressive
L’introduction de l’IA dans les entreprises tunisiennes ne peut se faire sans un accompagnement humain adapté. L’étude souligne que pour réussir cette transition, il faut prendre en compte les dimensions techniques, culturelles et organisationnelles.
Trois leviers majeurs sont proposés pour faciliter cette adoption :
- Former en continu les salariés aux nouvelles technologies pour développer leurs compétences et réduire les appréhensions.
- Sensibiliser concrètement à travers des séminaires ou des démonstrations pour mieux faire comprendre les usages et les limites de l’IA.
- Adopter une démarche progressive, en commençant par des projets simples à faible coût, permettant de tester, ajuster, puis généraliser les usages.
Les dirigeants ne sont pas fermés à l’IA, mais ils attendent des garanties claires sur sa fiabilité et son utilité. Pour eux, l’IA doit s’intégrer de manière harmonieuse dans leur quotidien, sans créer de ruptures brutales. La réussite repose donc, sur un équilibre entre innovation technologique et adaptation humaine, avec un accompagnement à chaque étape.
Dr. Amina El Abed- Université de Sfax- Tunisie LARTIGEDr. Moez Bellaaj – Associate Professor (Ph.D, HDR) – Institut Supérieur d’administration des affaires- Université de Sfax, LRM
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“Perception de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les dirigeants tunisiens : motivations, freins et avantages perçus", publié dans la Revue Française d’Économie et de Gestion"