Ce que le classement mondial de la liberté économique révèle vraiment sur la Tunisie

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Chaque année, un indicateur scruté de près par les décideurs et les investisseurs mesure le degré de liberté laissé aux acteurs économiques à travers le monde : entreprendre, investir, commercer. Derrière cet exercice de notation se dessine une lecture plus profonde des économies nationales. Dans le cas tunisien, l’édition 2023 confirme une tendance installée depuis plus d’une décennie : une stagnation préoccupante, mais non dénuée de marges de progrès.

Comme le souligne explicitement l’artcle”Economic Freedom Index 2023: La liberté économique en Tunisie : Enjeux et choix de réforme”, publié par l’ITCEQ (novembre 2023),  et réalisé par Hajer Mehouachi pourla Tunisie obtient un score de 52,9 sur 100 et se classe 132e sur 184 pays. Elle demeure ainsi dans la catégorie des économies dites « principalement non libres », un positionnement quasi inchangé depuis 2009. Ce constat tranche avec les années 1990 et 2000, période durant laquelle le pays figurait parmi les économies « modérément libres”.

Cet indice, publié par la Heritage Foundation, repose sur 12 critères structurés autour de quatre piliers : l’état de droit, la taille de l’État, l’efficacité réglementaire et l’ouverture des marchés. Pris dans leur ensemble, ces indicateurs offrent une photographie nuancée : celle d’une économie à la fois contrainte par des rigidités structurelles et portée par certains fondamentaux encore solides.

Des fragilités structurelles persistantes

Premier signal d’alerte : la dégradation spectaculaire des finances publiques. En l’espace de deux ans, le score lié à la santé budgétaire s’effondre, passant de 65,27 à 13,7 sur 100. Cette chute traduit une réalité bien tangible : une dette en hausse, des déficits persistants et, en conséquence, une capacité d’action de l’État fortement réduite. Moins de marges budgétaires signifie aussi moins de capacité à investir dans la croissance future.

Deuxième faiblesse majeure : l’environnement de l’investissement. Avec un score de 40 sur 100, largement inférieur à la moyenne mondiale, la Tunisie peine encore à rassurer les investisseurs. Les obstacles sont connus : multiplicité des autorisations, instabilité réglementaire, lenteur administrative. Bien que la loi d’investissement de 2016 ait posé des bases ambitieuses, son application reste partielle, créant un décalage entre le cadre légal et la réalité du terrain.

Enfin, le système financier constitue un frein structurel durable. La liberté financière plafonne à 30 sur 100 depuis près de vingt ans. Le secteur bancaire, dominé par les établissements publics, concentre une part importante du crédit, ce qui limite l’accès au financement pour les PME et les jeunes entrepreneurs. Dans ces conditions, l’initiative privée peine à se transformer en croissance réelle.

Des atouts réels, qu’il serait dommage d’ignorer

Réduire la Tunisie à ses seules fragilités serait toutefois une lecture incomplète. L’économie tunisienne dispose également d’atouts réels, parfois sous-estimés.

Le premier concerne la fiscalité des entreprises. Depuis 2021, le taux d’imposition sur les sociétés est fixé à 15%, un niveau compétitif à l’échelle régionale. Cet avantage se reflète dans le score du « fardeau fiscal », qui atteint 73,7 sur 100, l’un des meilleurs résultats du pays dans le classement.

Autre élément de résilience : la stabilité monétaire. Avec un score de 74,8 sur 100, la Tunisie se situe au-dessus des moyennes mondiale et régionale. Ce résultat témoigne du rôle stabilisateur de la Banque centrale, qui continue d’assurer un certain contrôle de l’inflation malgré un contexte économique contraint.

Enfin, un indicateur souvent oublié mérite d’être rappelé : selon le rapport Doing Business 2020, la Tunisie figurait au 19e rang mondial pour la facilité de création d’entreprise. Autrement dit, lancer une activité n’est pas le principal obstacle. Le véritable défi réside dans la capacité des entreprises à croître, à recruter et à s’adapter, ce qui suppose une réforme plus profonde du marché du travail.

Réformes engagées, effets encore limités

Face à ce diagnostic contrasté, les autorités ont engagé plusieurs initiatives. Une stratégie nationale d’amélioration du climat des affaires (2023-2025) a été mise en place, comprenant 229 mesures. Certaines avancées sont notables : simplification des autorisations, introduction du statut d’auto-entrepreneur, encadrement du télétravail et des nouvelles formes d’emploi.

Cependant, comme le met en évidence à nouveau l’étude de l’ITCEQ (2023), l’enjeu central ne réside pas tant dans l’annonce des réformes que dans leur mise en œuvre effective. Le décalage entre le texte et son application reste un facteur déterminant dans la perception du climat des affaires. Or, dans un environnement international marqué par une concurrence accrue pour attirer les investissements, ce décalage a un coût réel.

Au final, la Tunisie ne manque ni d’atouts ni de réformes. Elle dispose d’un capital humain reconnu, d’une position géographique stratégique et d’un tissu entrepreneurial dynamique. Mais ce potentiel reste en partie inexploité faute de cohérence et de continuité dans l’action publique.

Comme le suggère l’analyse développée dans “Economic Freedom Index 2023 : La liberté économique en Tunisie : Enjeux et choix de réforme”, l’amélioration du positionnement du pays ne passera pas uniquement par de nouvelles mesures, mais par une capacité accrue à les rendre effectives, lisibles et durables dans le temps. C’est à cette condition que les classements internationaux cesseront d’être perçus comme des verdicts et deviendront, enfin, le reflet d’une transformation réelle de l’économie tunisienne.

ITCEQ Institut Tunisien de la Compétitivité et des Etudes Quantitatives

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Economic Freedom Index 2023- La liberté économique en Tunisie : Enjeux et choix de réforme”, réalisé par Hajer Mehouachi, Direction Centrale de la Compétitivité Institut Tunisien de la Compétitivité et des Études Quantitatives (ITCEQ), publié en novembre 2023 par l'Institut Tunisien de la Compétitivité et des Études Quantitatives (ITCEQ), Ministère de l'Économie et de la Planification, République Tunisienne.

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