Bancarisation en Tunisie : des chiffres en progression continue

Ecotous
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De plus en plus de Tunisiens ouvrent un compte, utilisent une carte bancaire ou effectuent des transactions électroniques. Mais où en est réellement la Tunisie en matière de bancarisation ? Une étude publiée dans Finance & Finance Internationale (vol. 1, n°27, janvier 2024), signée par Omar Gargouri, enseignant-chercheur à l’Université de Sfax, dresse un bilan complet de l’évolution des principaux indicateurs de la bancarisation sur la période 2012–2022.

La bancarisation désigne l’accès des individus aux services bancaires formels, comme l’ouverture d’un compte ou l’utilisation de moyens de paiement électroniques. Longtemps faible en Afrique du Nord, cet accès reste limité : en 2021, seuls 36,9% des Tunisiens de 15 ans et plus déclaraient disposer d’un compte ou utiliser un service de paiement mobile, selon la Banque mondiale. Ce chiffre est bien inférieur à celui des pays de l’OCDE, où ce taux atteint 97,2%.

Pourtant, la Tunisie affiche une dynamique encourageante. Grâce aux données de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), l’étude d’Omar Gargouri permet de mesurer les progrès réalisés sur dix ans. Elle s’appuie sur plusieurs indicateurs, allant du nombre d’agences bancaires aux volumes de transactions électroniques. Tour d’horizon d’une transformation en marche. 

Un réseau bancaire qui s’étoffe

Entre 2012 et 2022, le nombre d’agences bancaires en Tunisie est passé de 1450 à 2031. Cela représente une hausse de 40% sur l’ensemble de la période. L’année 2014 a été particulièrement dynamique avec l’ouverture de 107 nouvelles agences, tandis que 2021 a enregistré une croissance plus modeste (seulement 18 nouvelles agences). Au total, l’augmentation du réseau s’est faite à un rythme moyen de 3,44% par an.

Cette expansion s’accompagne d’une meilleure répartition géographique : le nombre d’habitants par agence est passé de 7437, en 2012 à 5812, en 2022. Cette amélioration, appelée densité bancaire, signifie que l’accès physique aux services bancaires devient plus facile.

Pour autant, cette évolution ne s’explique pas seulement par des choix stratégiques des banques. Elle reflète aussi un attachement persistant des clients à leur agence, malgré le développement des services numériques. Une enquête menée par l’auteur (publiée dans Finance & Finance Internationale, Volume 1, n°26, juillet 2023) montre que, pour la plupart des répondants, le contact direct reste irremplaçable, même à l’heure de la digitalisation.

 Les comptes en progression

Autre signal positif : l’ouverture de comptes bancaires s’est accélérée. En 2012, on comptait 6,5 millions de comptes en Tunisie. Dix ans plus tard, ce chiffre atteint 10 millions. Seule l’année 2020 a marqué un recul, probablement en lien avec la crise sanitaire. Ce léger recul mis à part, la progression est continue.

Les cartes bancaires, elles aussi, gagnent du terrain. En 2012, 2,3 millions de cartes étaient en circulation. En 2022, ce nombre a presque triplé pour atteindre 6,6 millions. Cette progression reflète une adoption croissante des moyens de paiement électroniques, même si leur usage n’est pas encore généralisé.

Du côté des distributeurs automatiques (DAB/GAB), les chiffres vont dans le même sens. Leur nombre est passé de 1851 à 3039 entre 2012 et 2022, avec un taux de croissance annuel moyen de 5,11 %. Cela traduit une volonté de renforcer l’accessibilité aux retraits et opérations courantes, même hors des horaires d’ouverture.

 

Monétique : une montée en puissance

La monétique désigne l’ensemble des opérations électroniques réalisées avec des cartes bancaires. L’étude suit de près l’évolution de quatre indicateurs : le nombre de cartes bancaires, le nombre de DAB/GAB, le nombre et le volume des transactions monétiques.

Ces deux premiers indicateurs ont été détaillés précédemment (paragraphes 8 et 9), mettant en évidence une croissance soutenue de l’équipement bancaire en Tunisie. Sur dix ans, les transactions monétiques sont passées de 48,9 millions en 2012 à 134,2 millions en 2022, soit une hausse de 174 %. Le volume total de ces transactions, lui, est passé de 5496 à 22.256 millions de dinars. Cela représente une augmentation de plus de 300 % sur la période étudiée.

Ces chiffres traduisent une intégration progressive de la monétique dans la vie quotidienne des Tunisiens. Bien que cette transformation reste lente, elle témoigne d’un changement structurel vers des usages bancaires plus modernes.

Conclusion

L’étude d’Omar Gargouri montre que la Tunisie progresse sur tous les fronts de la bancarisation. Le réseau bancaire s’étend, les comptes se multiplient, les cartes circulent, et les transactions électroniques deviennent plus fréquentes. Ces tendances, observées entre 2012 et 2022, traduisent un accès de plus en plus large aux services bancaires, même si des défis restent à relever, notamment pour atteindre les populations encore exclues du système formel.

ECOTOUS

Consultez l’étude complète

La bancarisation en Tunisie : une étude sur la période 2012-2022", signée Omar Gargouri, publiée dans Finance & Finance Internationale, (Volume 1, n°27, janvier 2024).

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