Investir en Tunisie, un défi de confiance : décryptage des freins et leviers cachés

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L’investissement, moteur essentiel de toute économie, crée des emplois, renforce la productivité et prépare la croissance de demain. Pourtant, en Tunisie, il peine à véritablement décoller. Que cache cette stagnation ? Ce travail propose une lecture claire des facteurs qui influencent les décisions d’investir dans notre pays.

Depuis la fin des années 1980, la Tunisie a engagé de nombreuses réformes destinées à stimuler l’investissement privé et à soutenir les entreprises. Car investir, ce n’est pas seulement un acte économique : c’est le cœur battant de l’activité, le levier de la modernisation, du développement des infrastructures et de la création d’emplois.

Mais les chiffres, eux, racontent une autre histoire. Après une période de dynamisme au début des années 2010, le taux d’investissement s’est nettement replié, passant de plus de 20 % du PIB à moins de 11 % en 2020. Une baisse marquée, largement attribuée à l’instabilité économique et sociale, aggravée par la crise du Covid-19.

L’étude : “Revisiting the Determinants of Investment : The Case of Tunisia”, publié dans Estudios de Economía Aplicada (2023), pibliée dans HALL Science ouverte, menée par Nesrine Dardouri, Abdelkader Aguir, Ramzi Farhani et Mounir Smida, de l’Université de Sousse essaye de répondre à la question : pourquoi l’investissement ne suit-il pas ? Quels sont les véritables déterminants qui poussent (ou freinent) les acteurs économiques à investir en Tunisie ?

La croissance, moteur ou frein de l’investissement ?

Premier constat : l’investissement et la croissance économique sont intimement liés. Les données montrent qu’une hausse de 1% du taux de croissance entraîne une augmentation significative de l’investissement. Autrement dit, quand l’économie va mieux, les investisseurs retrouvent confiance et relancent leurs projets.

Mais l’inverse est également vrai : dès que la croissance ralentit, les projets d’investissement se figent. Cela place la Tunisie face à un cercle difficile à briser : sans croissance, pas d’investissement ; sans investissement, pas de croissance durable.

Chômage, inflation, taux de change : des variables décisives

D’autres facteurs pèsent lourdement sur les décisions d’investir. Trois variables ressortent avec force :

  • Le chômage : de manière surprenante, les résultats montrent que le chômage élevé peut parfois encourager l’investissement, car il pousse de nombreux jeunes à se tourner vers l’entrepreneuriat. Mais cette dynamique reste fragile, car elle dépend de la capacité à transformer cette volonté en projets viables.
  • L’inflation : loin d’être uniquement un frein, une inflation modérée stimule l’investissement. Pourquoi ? Parce qu’elle s’accompagne généralement de taux d’intérêt plus faibles, rendant le coût du capital plus accessible aux entreprises. Mais si l’inflation s’emballe, la confiance des ménages et des investisseurs s’effondre.
  • Le taux de change : son impact est déterminant. En Tunisie, une hausse du taux de change réel s’est traduite par une augmentation de l’investissement, signe que la compétitivité extérieure joue un rôle clé dans l’orientation des capitaux.

Un climat de confiance à reconstruire

Au-delà des chiffres, l’étude “Revisiting the Determinants of Investment: The Case of Tunisia”, publiée en 2023 dans Estudios de Economía Aplicada et disponible sur HAL Science Ouverte, met en lumière un constat essentiel : l’investissement a besoin de stabilité.

Des politiques publiques claires, des institutions solides, une lutte crédible contre la corruption et un climat social apaisé constituent autant de conditions indispensables pour instaurer la confiance, aussi bien chez les investisseurs nationaux qu’étrangers.

Cette exigence de stabilité apparaît d’autant plus évidente lorsqu’on compare la Tunisie à ses voisins maghrébins. En 2017, par exemple, le pays enregistrait une croissance de 2% et un investissement représentant 19% du PIB, contre 4,1% et 33,5% pour le Maroc. L’écart est significatif et souligne les marges de progression encore possibles.

Ainsi, le problème ne réside pas tant dans le potentiel économique de la Tunisie que dans la gouvernance et le climat des affaires. Une économie plus ouverte sur le commerce international, soutenue par une meilleure qualité des services publics, pourrait restaurer la confiance et attirer les capitaux indispensables à une véritable relance.

L’investissement en Tunisie n’est pas uniquement une affaire de chiffres. Il dépend de la croissance, de l’évolution du chômage et de l’inflation, mais aussi; et surtout; de la stabilité politique et sociale. Sans confiance, les investisseurs hésitent. Avec un environnement plus clair et une gouvernance solide, ils reviendront. Les résultats présentés montrent que l’investissement est profondément lié aux conditions économiques et institutionnelles du pays. Pour encourager sa relance, la Tunisie doit miser sur la stabilité, renforcer l’ouverture commerciale et soutenir la croissance dans les secteurs créateurs de valeur.

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"Revisiting the Determinants of Investment : The Case of Tunisia”, publié dans Estudios de Economía Aplicada (2023)", pibliée dans HALL Science ouverte, menée par Nesrine Dardouri, Abdelkader Aguir, Ramzi Farhani et Mounir Smida, de l’Université de Sousse.  

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