À partir du 1ᵉʳ août 2025, les exportations tunisiennes vers les États-Unis ont été frappées d’une taxe de 25 %. Cette mesure, voulue par Donald Trump, risque de frapper de plein fouet l’huile d’olive, les textiles, les engrais et les dattes tunisiennes. Derrière ces chiffres se cachent de réels risques économiques, sociaux et diplomatiques pour le pays.
Le 2 avril 2025, le président américain Donald Trump a annoncé une nouvelle politique commerciale baptisée “Liberation Day”. L’idée : appliquer des taxes d’importation à la hauteur de celles imposées aux produits américains. Résultat, la Tunisie, accusée de creuser le déficit commercial des États-Unis, a vu ses exportations vers ce marché passer sous le régime d’un droit de douane de 28%, bientôt ramené à 25%.
En 2024, la Tunisie a vendu pour 1,1 milliard de dollars de produits aux États-Unis, tandis que les États-Unis n’en ont exporté que pour 500 millions vers la Tunisie. Ce déséquilibre, défavorable aux Américains, explique leur décision d’augmenter les taxes.
Cette hausse menace nos exportations : elle réduit les bénéfices, fait perdre des parts de marché et risque de freiner les ventes. Moins d’exportations, c’est aussi potentiellement moins de recettes fiscales et des finances publiques qui pourraient s’affaiblir. Dans les régions qui vivent de l’export, cela pourrait même provoquer des tensions sociales.
Des filières phares en danger
Les produits les plus exposés à cette hausse de taxe sont parmi nos exportations les plus emblématiques :
- L’huile d’olive : premier produit exporté vers les États-Unis (223 millions $ en 2024), elle pourrait perdre des parts de marché si les prix augmentent pour compenser la taxe.
- Les textiles et dattes : déjà soumis à une forte concurrence internationale, ils risquent d’être moins compétitifs. Des annulations de commandes pourraient entraîner des licenciements dans les usines et coopératives.
- Les engrais : secteur stratégique pour l’agriculture, il subirait lui aussi une perte de compétitivité.
Le danger est simple à comprendre : nos marges sont déjà faibles. Si le coût grimpe de 25 % à l’arrivée aux États-Unis, les clients pourraient se tourner vers d’autres fournisseurs moins taxés.

Quand le commerce menace l’économie et l’emploi
Une baisse des exportations pourrait réduire les réserves de devises, creuser le déficit budgétaire et accentuer la pression sur une dette publique déjà élevée (plus de 80 % du PIB).
Les tarifs douaniers américains risqueraient de freiner la croissance mondiale et de faire grimper l’inflation, ce qui pourrait augmenter le coût des importations et affaiblir le dinar. L’instabilité politique serait susceptible de diminuer la confiance des investisseurs et les flux d’investissements étrangers.
Les régions rurales dépendantes des exportations pourraient voir le chômage augmenter, avec un risque accru de tensions sociales.

Comment la Tunisie peut réagir
Plusieurs recommandations stratégiques peuvent être envisagées et mises en œuvre progressivement :
- Diplomatie stratégique : négocier une réduction de taxe ou des exemptions pour certains produits, à l’image de l’Indonésie qui a réussi à limiter l’impact de mesures similaires.
- Diversification des marchés : viser davantage l’Europe, l’Afrique de l’Ouest ou la Chine pour réduire la dépendance aux États-Unis.
- Soutien aux exportateurs : créer un fonds de transition pour compenser une partie des coûts supplémentaires, encourager l’embouteillage ou l’emballage directement aux États-Unis pour contourner la taxe.
- Modernisation de la production : investir dans des produits à plus forte valeur ajoutée, comme l’huile d’olive en bouteille premium, les textiles techniques ou certifiés bio, ainsi que l’assemblage électronique, composants automobiles.
- Créer un fonds de transition destiné à couvrir jusqu’à 50 % des coûts supplémentaires liés à la logistique et à l’embouteillage pour les exportations tunisiennes vers les États-Unis, afin d’alléger rapidement la charge financière des exportateurs.
- Encourager les entreprises tunisiennes à implanter des unités d’embouteillage ou de reconditionnement aux États-Unis, ce qui permettrait de contourner partiellement les tarifs douaniers en modifiant le point d’origine déclaré des produits.
- Mettre en place un cadre de suivi interministériel (Commerce, Agriculture, Finances), accompagné d’un mécanisme de communication avec producteurs, exportateurs et institutions financières, afin d’évaluer l’impact des tarifs et de garantir la transparence.

Conclusion
Les 25 % de droits de douane américains ne sont pas une simple ligne dans un tableau de commerce extérieur : ils représentent une menace concrète pour nos revenus, notre emploi et notre équilibre social. La Tunisie doit réagir vite, en négociant, en diversifiant ses débouchés et en soutenant ses producteurs.
Ce défi est aussi une occasion : celle de repenser notre stratégie d’exportation et de monter en gamme. Car dans un monde où les règles commerciales peuvent changer du jour au lendemain, la résilience est la meilleure défense.
Meriem Sebaii – Dr. Sciences EconomiquesOmar Talbi –Dr. Sciences Economiques