Tunisie : réussir le découplage CO₂-croissance

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Le pays peut-il continuer à se développer sans alourdir son empreinte carbone ? En Tunisie, la question n’a rien d’abstrait. Sécheresse, hausse des températures et dépendance au gaz pèsent sur une économie déjà sous pression. Pourtant, les chercheurs montrent qu’un autre modèle est possible – à condition d’en faire une priorité nationale.

Ces quarante dernières années, la Tunisie a parfois réussi ce qu’on appelle le découplage : l’économie progressait alors que les émissions de CO₂ reculaient. Ce fut le cas en 1990, 2009 ou encore 2019. Ces épisodes prouvent qu’il est possible de produire plus sans polluer davantage. Mais ils restent rares et fragiles. La plupart du temps, la croissance s’accompagne d’une hausse parallèle des émissions. La faute à une dépendance persistante aux énergies fossiles (gaz et pétrole), à une consommation énergétique élevée dans l’agriculture, l’industrie ou le transport, et à une démographie qui tire la demande vers le haut. C’est ce que montre l’étude Decoupling Carbon Emissions and Economic Growth in Tunisia: Pathways to Sustainable Development, publiée dans le Handbook on Energy and Economic Growth (Edward Elgar Publishing, 2024)” et disponible sur la plateforme HAL. Signée par le Pr. Adel Ben Youssef (GREDEG-CNRS, Université Côte d’Azur) et les Prs. Mounir Dahmani et Mohamed Mabrouki (Université de Gafsa), elle retrace l’évolution des émissions tunisiennes de 1980 à 2021 et dresse un constat clair : le découplage reste ponctuel, pas structurel.

Quand le climat met l’économie sous tension

L’étude Decoupling Carbon Emissions and Economic Growth in Tunisia: Pathways to Sustainable Development, publiée dans le Handbook on Energy and Economic Growth, montre que les impacts du changement climatique se font déjà sentir dans plusieurs secteurs clés :

  • Agriculture et eau : la raréfaction des pluies et la hausse des températures réduisent les surfaces cultivées. L’usage intensif des engrais aggrave le problème. D’ici 2050, les rendements agricoles pourraient baisser de 10 à 25% sans adaptation.
  • Santé : vagues de chaleur, maladies respiratoires et nouveaux virus liés au climat fragilisent les populations vulnérables et mettent les hôpitaux à rude épreuve.
  • Tourisme : secteur vital (14% du PIB), il subit déjà l’érosion des plages, la perte de biodiversité et les dégâts sur les infrastructures côtières.
  • Énergie : la demande explose, surtout en été avec la climatisation. Or, l’électricité tunisienne reste produite majoritairement à partir du gaz.

Des pistes concrètes pour inverser la tendance  

La transition écologique ne repose pas sur un miracle technologique, mais sur une série de choix stratégiques :

  • Eau et agriculture : moderniser l’irrigation, diversifier les cultures avec des variétés résistantes à la sécheresse, encourager la reforestation et l’agriculture urbaine.
  • Santé : investir dans des infrastructures plus résilientes, installer des systèmes d’alerte pour les vagues de chaleur, équiper les hôpitaux en énergie renouvelable.
  • Tourisme : miser sur l’écotourisme, protéger le littoral, diversifier les offres pour étendre la saison touristique.
  • Énergie : développer le solaire et l’éolien, améliorer l’efficacité énergétique et soutenir les innovations locales.

Accélérer la transition : une nécessité plus qu’un choix  

La lutte contre le réchauffement ne se joue pas seulement lors des grandes conférences mondiales. Elle se construit au quotidien, dans les politiques publiques, les entreprises et les foyers. La Tunisie a commencé à agir : baisse progressive de l’intensité énergétique, diversification des sources d’approvisionnement, projets solaires et éoliens en cours. Mais ces efforts ne suffisent pas encore à enclencher un véritable découplage durable. Croître sans détruire l’environnement n’est pas une utopie. C’est une condition de survie économique et sociale. La transition énergétique exigera des investissements, du courage politique et une implication collective. Mais elle offre aussi une promesse : celle d’une Tunisie qui se développe sans se consumer.

ECOTOUS

Consultez l'étude

Decoupling Carbon Emissions and Economic Growth in Tunisia: Pathways to Sustainable Development”, publiée dans le Handbook on Energy and Economic Growth (Edward Elgar Publishing, 2024), disponible sur la plateforme HAL.

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