En Tunisie, l’accès à l’école, à l’eau potable, à l’électricité ou à l’assainissement ne dépend pas seulement de l’effort personnel ou du mérite. Selon l’endroit où il naît, la situation économique et le niveau d’éducation de ses parents, un enfant peut avoir beaucoup plus ou beaucoup moins de chances de réussir sa vie. Cette réalité a été analysée dans le working paper “Inequality of Opportunities among Tunisian Children over Time and Space” (Economic Research Forum, 2016), qui montre comment les inégalités d’accès aux services essentiels persistent selon les régions et les conditions familiales.
Pendant longtemps, la Tunisie a été citée comme un modèle économique en Afrique et dans le monde arabe, avec une croissance stable et une certaine résilience face aux crises. Pourtant, cette réussite ne s’est pas traduite par une réduction suffisante des inégalités sociales et régionales. Si la pauvreté a reculé entre 2000 et 2010, les écarts d’accès aux services de base et à l’éducation sont restés importants, notamment entre les régions côtières et l’intérieur du pays. Si la pauvreté a reculé entre 2000 et 2010, les écarts d’accès aux services de base et à l’éducation sont restés importants, notamment entre les régions côtières et l’intérieur du pays.
Pour mieux comprendre cette situation, l’Indice d’Opportunité Humaine (HOI), développé par la Banque mondiale, a été utilisé. Cet indicateur mesure deux choses :
- La couverture : la proportion d’enfants ayant accès à un service essentiel (par exemple l’eau potable).
- L’égalité d’accès : à quel point cet accès est équitable entre enfants de différents milieux.
En combinant ces deux dimensions, le HOI montre à quel point les opportunités sont réellement partagées dans une société.
Des progrès… mais à deux vitesses
Le working paper “Inequality of Opportunities among Tunisian Children over Time and Space” (Economic Research Forum, 2016), démontre qu’entre 2005 et 2010, l’accès aux services de base (eau, électricité, assainissement) s’est amélioré, surtout pour les enfants des régions côtières. Par exemple, près de 50% des enfants vivaient en 2010 dans des foyers disposant à la fois d’eau potable, d’électricité et d’installations sanitaires, contre 42% en 2005.
Cependant, les inégalités régionales restent fortes :
- Dans le Centre-Ouest et le Nord-Ouest, moins d’un enfant sur trois avait accès à ces trois services en 2010.
- Dans le Grand Tunis, cette proportion dépassait 80%.

L’école : un accès large, mais une qualité inégale
Pour l’école primaire, l’accès est quasi universel dans toutes les régions. Mais en montant dans les niveaux, les écarts se creusent :
- L’inscription au collège (12-14 ans) a progressé, passant de 59% à 67% au niveau national, mais reste inférieure dans les régions intérieures.
- L’accès au lycée (15-18 ans) est non seulement plus faible, mais a légèrement reculé, notamment pour les enfants de familles nombreuses ou aux revenus modestes.
La qualité de l’éducation, mesurée par la capacité à terminer le primaire ou le collège « à l’heure » (sans redoubler), a aussi diminué entre 2005 et 2010, surtout dans les régions défavorisées.

Ce qui détermine vraiment les chances des enfants
L’étude montre que l’endroit où l’on vit et l’éducation des parents sont les deux facteurs les plus déterminants.
- Région et localisation (urbain/rural) : à elles seules, elles expliquent plus de 60% des inégalités d’accès à l’eau et à l’assainissement.
- Niveau d’éducation des parents : il influence fortement la probabilité qu’un enfant termine ses études secondaires.
- Nombre de frères et sœurs : dans les familles nombreuses, les ressources (temps, argent) sont plus dispersées, ce qui réduit les chances scolaires.
Conclusion : agir tôt et cibler les régions oubliées
L’égalité des chances n’est pas seulement une question de justice sociale : c’est aussi un levier de développement. Les interventions les plus efficaces sont celles qui agissent tôt, dès l’enfance, et qui ciblent les zones et familles les plus défavorisées.

La Tunisie a montré qu’il était possible d’élargir l’accès aux services essentiels, mais pour que chaque enfant ait vraiment les mêmes opportunités, il faut réduire les écarts entre régions et investir davantage dans la qualité de l’éducation.
ECOTOUS
Consultez le Working Paper
"Inequality of Opportunities among Tunisian Children over Time and Space". @The Economic Research Forum, 2016.