En Tunisie, le numérique et l’ouverture commerciale soutiennent la croissance, mais de manière très inégale. Tandis que les banques, les télécoms et le commerce en profitent déjà, l’agriculture, la construction et l’industrie restent en marge, freinant l’élan global de l’économie.
La croissance économique reste au cœur des priorités de la Tunisie. Elle est essentielle pour créer des emplois, améliorer le niveau de vie et renforcer la compétitivité du pays. Or, à l’heure de la mondialisation numérique, deux leviers apparaissent décisifs : l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) et l’ouverture commerciale. Ces deux moteurs devraient, en théorie, stimuler l’innovation, accroître la productivité et élargir les marchés. Mais en pratique, leur impact en Tunisie demeure limité et inégal.
L’analyse de quatorze secteurs menés entre 1995 et 2018 révèle que, malgré leur contribution à la croissance, le numérique et le commerce extérieur ne profitent pas encore à l’ensemble de l’économie tunisienne. Ces résultats s’appuient sur l’étude “ICT, trade openness and economic growth in Tunisia: what is going wrong?”, publiée dans Economic Change and Restructuring (2022) par Mounir Dahmani et Mohamed Mabrouki (Université de Gafsa, Tunisie) ainsi que Adel Ben Youssef (Université Côte d’Azur, France).
Le numérique : un moteur encore concentré
Les TIC sont aujourd’hui comparées à une nouvelle révolution industrielle. Elles transforment la production, les services et l’organisation du travail. En Tunisie, elles ont déjà un effet positif sur la croissance globale, mais ce bénéfice se concentre dans quelques secteurs.
- Secteurs gagnants : information et communication (32% d’intégration), banques et assurances (21%), services scientifiques et techniques (18%), administration publique (15%) et commerce (12%).
- Secteurs à la traîne : agriculture, construction et une partie de l’industrie, qui conservent des méthodes traditionnelles.
Le retard s’explique par des coûts élevés, un manque de formation, des infrastructures encore incomplètes et une adoption trop faible par les petites entreprises. Pourtant, des opportunités existent : agriculture connectée (irrigation intelligente, capteurs), construction numérique (maquettes 3D), ou encore industrie 4.0.

L’ouverture commerciale : promesses et limites
Depuis les années 1990, la Tunisie a multiplié les accords commerciaux et intensifié ses échanges. L’objectif : accéder à de nouveaux marchés, importer des produits de meilleure qualité et stimuler la compétitivité locale.
Globalement, l’ouverture commerciale favorise la croissance. Mais les effets sont très variables :
- Certains secteurs, comme les télécoms, en tirent pleinement profit,
- D’autres peinent à rivaliser face à la concurrence étrangère et voient leur position fragilisée.
Sans innovation ni montée en gamme, les importations risquent de l’emporter sur les exportations, réduisant l’effet positif attendu.

Opportunités et risques du numérique
Les TIC ne sont pas seulement des outils techniques : elles bouleversent aussi l’organisation sociale et économique.
- Elles renforcent les emplois qualifiés mais réduisent la place des métiers peu qualifiés.
- Elles permettent aux services de se réinventer (banques en ligne, e-commerce, tourisme digitalisé).
- Elles obligent les acteurs traditionnels à repenser leurs modèles économiques.
Mais la technologie seule ne suffit pas. Sans adaptation des entreprises, sans réforme du cadre légal et sans formation des travailleurs, le numérique risque de creuser les inégalités plutôt que de stimuler une croissance inclusive.

Recommandations pour transformer l’essai
Pour que le numérique et l’ouverture commerciale deviennent de véritables leviers de prospérité, plusieurs priorités se dégagent :
- Renforcer l’infrastructure numérique : généraliser l’accès haut débit et sécuriser les réseaux.
- Former les compétences : développer les savoir-faire digitaux pour préparer les emplois de demain.
- Stimuler l’innovation : investir dans la recherche et favoriser les synergies entre secteurs.
- Accompagner les secteurs en retard : agriculture et construction doivent bénéficier d’un soutien particulier pour adopter les technologies.
- Adapter le cadre institutionnel : moderniser les lois pour faciliter le e-commerce et les échanges sécurisés d’informations.
- Valoriser l’ouverture commerciale : encourager la compétitivité et la diversification pour que les entreprises locales tirent profit des marchés extérieurs.
Ces orientations visent à faire de la Tunisie une véritable économie de la connaissance, créatrice d’emplois et de valeur ajoutée. La Tunisie a engagé sa transition vers l’économie numérique et la mondialisation, mais le chemin reste inachevé. Le potentiel du numérique et du commerce extérieur est réel, mais pour en récolter les fruits, il faut investir dans les infrastructures, former massivement les compétences et encourager l’innovation. Le numérique et l’ouverture au monde peuvent être des moteurs de prospérité, mais seulement si le pays se dote d’une stratégie claire, inclusive et durable.
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Consultez l'étude
“ICT, trade openness and economic growth in Tunisia: what is going wrong?”, publiée dans Economic Change and Restructuring (2022).