Le confinement a sauvé des vies, mais il a aussi mis en lumière une réalité plus discrète : celle des travailleurs les plus précaires. En Tunisie, ces actifs déjà fragiles ont été les premiers touchés, souvent de manière brutale. Privés du peu qu’ils avaient, ils ont subi un choc économique bien plus violent que le reste de la population. La crise sanitaire a révélé cette fracture silencieuse. Le choc du Covid-19 n’a pas touché tout le monde de la même manière. Derrière les mesures sanitaires, une fracture économique s’est creusée. D’un côté, ceux qui ont pu continuer à travailler à distance ou conserver un revenu stable. De l’autre, une large part de travailleurs dont l’activité dépend du quotidien, souvent sans filet de sécurité.
En Tunisie, l’étude “Le fardeau des travailleurs vulnérables dans les pays en développement : une évaluation des effets du confinement en Tunisie”, réalisée par Phuong Minh Le et Mohamed Ali Marouani et publiée dans la Revue d’économie du développement, montre que les travailleurs vulnérables ont été significativement plus exposés à la perte d’activité pendant le confinement, un écart net apparaît avec les travailleurs formels, mieux protégés.
Avant même la pandémie, une partie importante de la population active se trouvait dans des situations précaires. Travail informel, absence de contrat, revenus irréguliers : ces travailleurs vivent souvent au jour le jour. Leur activité dépend directement des interactions sociales et des déplacements. Avec le confinement, tout s’arrête. L’étude met en évidence un fait marquant : la probabilité de perdre son activité est nettement plus élevée pour les travailleurs vulnérables que pour les autres catégories.
Résultat immédiat : une chute brutale des revenus. Contrairement aux salariés formels, ces travailleurs ne disposent ni de télétravail, ni de protection sociale solide. Le constat est clair : la crise n’a pas créé la vulnérabilité. Elle l’a amplifiée.

Le confinement, un choc économique inégal
Toutes les activités n’ont pas été touchées de la même façon.
Les secteurs informels et les petits métiers ont subi un arrêt quasi total. À l’inverse, certaines activités plus structurées ont pu continuer, au moins partiellement.
Autre résultat clé : les pertes de revenus sont plus importantes et plus fréquentes chez les travailleurs vulnérables, confirmant un effet cumulatif du choc. Cette différence crée un effet de contraste très fort.
Les travailleurs vulnérables sont non seulement plus exposés au choc, mais aussi moins capables d’y faire face. Sans épargne, sans soutien structuré, la marge de manœuvre est quasi inexistante. Autrement dit : plus on est fragile au départ, plus la crise frappe fort.
Une question centrale pour les politiques publiques
Au-delà du constat, l’étude pose une question stratégique : comment protéger les plus vulnérables face à ce type de choc ? Le confinement agit ici comme un révélateur.
Il met en évidence les limites des systèmes de protection existants. Une partie importante des travailleurs échappe encore aux mécanismes classiques de soutien. Cela pose un défi majeur : mieux intégrer ces travailleurs dans les politiques publiques.
Formalisation progressive, dispositifs de soutien ciblés, meilleure couverture sociale… les pistes existent. Mais l’enjeu va plus loin. Il s’agit de construire une économie capable d’absorber les chocs sans laisser une partie de sa population basculer.

Le confinement n’a pas seulement été une crise sanitaire. Il a été un test grandeur nature des fragilités économiques. En Tunisie, les travailleurs vulnérables en ont été les premiers révélateurs. Une évidence s’impose : renforcer leur résilience, ce n’est pas seulement une question sociale. C’est un enjeu économique central.
ECOTOUS
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“Le fardeau des travailleurs vulnérables dans les pays en développement : une évaluation des effets du confinement en Tunisie”, réalisé par Phuong Minh Le : IEDES, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Mohamed Ali Marouani : UMR Développement et sociétés, IEDES - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; IRD- Publié dans la Revue d'économie du développement, 2021/1 Vol. 29, pages 85 à 110, Éditions De Boeck Supérieur.