Les dépenses de santé augmentent en Tunisie, mais les familles continuent de supporter une grande part de la facture. Pourquoi le financement public reste limité et quelles solutions pour rendre les soins accessibles à tous ?
Garantir une bonne santé pour tous nécessite un financement juste et efficace. Entre 2000 et 2015, les dépenses de santé en Tunisie ont doublé, reflétant les besoins croissants liés au vieillissement de la population, aux maladies graves et à l’introduction de nouvelles technologies médicales.
Cette évolution a été étudiée en détail par Safa Ismaïl, Ph.D en économie, Assistante à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de Nabeul, Tunisie, dans son article “Healthcare expenditure progress in Tunisia: a qualitative analysis” (Munich Personal RePEc Archive, MPRA Paper No. 111493), qui analyse les facteurs derrière la hausse des dépenses et les limites du financement public. Pourtant, malgré cette hausse, le financement public reste limité et les ménages financent près de la moitié de leurs soins. Comparée à d’autres pays de la région ou à la France, la situation montre un déséquilibre préoccupant dans l’accès aux soins.
Une croissance des dépenses… mais encore insuffisante
Entre 2000 et 2015, les dépenses de santé par habitant ont doublé, suivant la tendance de pays voisins comme l’Algérie, le Maroc ou l’Égypte. Mais elles restent modestes : un Français dépense huit fois plus par habitant qu’un Tunisien.

En proportion du PIB, la Tunisie consacre environ 6,7% à la santé, contre 11,1% en France. Cette progression, bien que régulière, peine à suivre le rythme des besoins croissants, et le secteur privé se développe pour compenser les limites du secteur public.
Qui finance réellement la santé ?
Les soins sont financés par l’État, les caisses sociales et les dépenses directes des familles (OOP) :
- L’État ne finance que 24% des dépenses totales, un chiffre stable mais insuffisant.
- Les caisses sociales contribuent à hauteur de 28%.
- Les assurances complémentaires sont marginales, seulement 3% en 2015.
En pratique, cela signifie qu’environ 4 dinars sur 10 dépensés pour la santé viennent directement de la poche des familles, principalement pour acheter des médicaments ou accéder aux soins privés.

Conséquences sur les ménages et pistes d’amélioration
Le financement direct des soins par les familles limite l’accès aux soins et peut mettre certains ménages en difficulté financière. Les médicaments représentent près de la moitié de ces dépenses directes, suivis des soins courants et exceptionnels.
Plusieurs réformes ont été mises en place pour améliorer la situation : extension de la couverture dans le secteur privé et encouragement des assurances complémentaires. Mais elles restent insuffisantes.
Pour rendre le système plus équitable :
- Renforcer le financement public et social,
- Étendre la couverture santé à toute la population,
- Améliorer l’offre dans les hôpitaux publics,
- Contrôler l’automédication et faciliter l’accès aux médicaments.

Des études montrent que ces mesures contribuent directement à améliorer la santé : baisse de la mortalité infantile et allongement de l’espérance de vie. La hausse des dépenses de santé en Tunisie ne suffit pas à garantir un accès équitable aux soins.
Les ménages continuent de financer une part trop importante de la santé, surtout pour les médicaments et les soins privés. Renforcer le rôle de l’État et des assurances, élargir la couverture santé et améliorer l’offre publique sont des étapes essentielles pour construire un système de santé plus juste et accessible à tous.
ECOTOUS
Consultez l’étude
"Habitat et tissu “Auto-produit” en Tunisie : Fondement conceptuel, réalités et perspectives des politiques publiques", publié dans la Revue Habitat et Ville Durable, Vol. 1 n°2 (novembre 2023), pp. 37-50, ISSN : 2958-9991.