Nos talents s’en vont : Comment la Tunisie peut anticiper pour ne pas les perdre

Ecotous
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Chaque année, des milliers de talents tunisiens quittent le pays. Derrière ce phénomène, souvent résumé à des raisons économiques, se cache une réalité plus complexe : un environnement instable et une capacité limitée à anticiper et à s’adapter aux changements. Comprendre cette dynamique exige de s’intéresser à la notion de flexibilité stratégique, à la fois proactive et réactive, qui éclaire pourquoi certains départs pourraient être évités. C’est précisément l’objet de l’article de Fadia Bâhri Korbi, chercheuse en sciences de gestion, publié dans Gérer & comprendre.

La fuite des cerveaux concerne ingénieurs, médecins, chercheurs et jeunes diplômés. Si l’économie joue un rôle, elle n’explique pas à elle seule l’ampleur du phénomène. L’étude montre que le départ massif de compétences s’inscrit dans un contexte de turbulence générale : incertitude économique, instabilité institutionnelle et perspectives professionnelles limitées.

Lorsque l’environnement devient imprévisible, les décisions des individus s’adaptent rapidement. Partir à l’étranger devient alors une réponse rationnelle face à des opportunités perçues ailleurs. Mais cette dynamique ne relève pas uniquement de choix personnels : elle dépend aussi de la capacité des institutions et des organisations à offrir des conditions attractives et à évoluer avec le temps.

Flexibilité stratégique : réactive ou proactive ?

Un point clé de l’étude est de distinguer deux types de flexibilité stratégique.

  • Flexibilité réactive : répondre aux changements seulement lorsqu’ils se produisent. Dans le contexte tunisien, cela se traduit par des mesures tardives comme des programmes de rétention ponctuels ou des réformes engagées sous pression.
  • Flexibilité proactive : anticiper les évolutions pour éviter que les problèmes ne deviennent critiques. Ici, l’objectif est d’identifier les attentes des talents, améliorer les conditions de travail, investir dans l’innovation et créer un environnement stable et attractif.

L’étude souligne que l’absence d’anticipation renforce la fuite des compétences : lorsque les réponses arrivent trop tard, les décisions de mobilité sont déjà prises. Une approche proactive permet donc non seulement de comprendre les changements à venir, mais surtout d’agir avant que le départ des talents ne devienne irréversible.

Un enjeu stratégique pour la Tunisie

La fuite des cerveaux ne constitue pas seulement une perte individuelle. Elle a un impact direct sur le capital humain disponible, la capacité d’innovation et le potentiel de croissance à long terme.

Pour le pays, adopter une flexibilité stratégique proactive devient un levier essentiel. Cela passe par plusieurs actions concrètes :

  • Améliorer la qualité de l’information et la veille stratégique ;
  • Renforcer l’adaptabilité des institutions et des organisations ;
  • Mettre en place des politiques publiques orientées sur le long terme.

Ainsi, anticiper devient déterminant pour retenir les talents et réduire le décalage entre l’évolution rapide de l’environnement et les réponses institutionnelles.

La fuite des cerveaux n’est pas une fatalité. Elle résulte d’un décalage entre les aspirations des talents et la capacité du pays à créer des conditions attractives et stables. Développer une flexibilité stratégique proactive permettrait de transformer ce défi en opportunité, en agissant avant que les départs ne deviennent irréversibles et en renforçant ainsi le potentiel de développement de la Tunisie.

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“La flexibilité stratégique proactive et réactive pour faire face à la turbulence de l'environnement : le cas de la fuite des cerveaux en Tunisie”, réalisé par Fadia Bahri Korbi, Chercheuse en sciences de gestion- Gérer & comprendre, 2021/4 (n° 146), p. 39-50, Éditions Institut Mines-Télécom, ISSN 0295-4397.

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