Entre départ de ses talents et arrivée croissante de migrants d’Afrique subsaharienne, la Tunisie se trouve au croisement de grands mouvements humains. Ces flux, perçus comme un défi, pourraient aussi devenir un levier pour l’économie et la société… à condition de les gérer avec vision et coopération.
Depuis vingt ans, la Tunisie connaît deux mouvements migratoires majeurs.
D’un côté, une partie de sa population, surtout les jeunes diplômés, part chercher de meilleures perspectives ailleurs. De l’autre, le pays accueille ou voit transiter des migrants, principalement venus d’Afrique subsaharienne, souvent en route vers l’Europe.
Ces dynamiques modifient l’économie, la société et les relations internationales du pays. La question est simple : comment transformer ces flux en atouts plutôt que de les subir ?
Talents en fuite

La diaspora tunisienne compte environ 1,8 million de personnes. Plus de la moitié vit en France, suivie par l’Italie et les pays arabes. Leur rôle économique est central : en 2024, leurs envois d’argent ont atteint 6,638 milliards de dinars, dépassant les recettes touristiques.
Mais ces départs sont souvent synonymes de perte de compétences. Plus d’un tiers des Tunisiens vivant à l’étranger ont un diplôme universitaire, contre 12% de la population restée au pays. En 2023, 8200 cadres supérieurs, 2300 ingénieurs, 1000 médecins et 450 informaticiens ont quitté la Tunisie. La santé, l’ingénierie, l’éducation et le numérique sont particulièrement touchés.
Pour limiter cette perte, plusieurs pistes :
- Mobiliser la diaspora via des projets d’investissement ou de transfert de compétences (exemple : l’Inde).
- Améliorer les conditions de travail et la recherche, comme l’a fait l’Irlande après 2008.
- Favoriser les retours temporaires pour partager expertise et expérience, à l’image de l’Allemagne avec la “Blue Card”.
Avec la bonne stratégie, la fuite des cerveaux peut devenir un gain de cerveaux.
Migrants subsahariens : transit, travail, et enjeux d’intégration
En 2021, les Africains subsahariens représentaient 37,6% des immigrés en Tunisie, contre 14% en 2014. Cette hausse est liée aux crises régionales, à la suppression de certains visas et à la position stratégique du pays.

Près de deux sur trois voient la Tunisie comme une étape vers l’Europe. Pourtant, leur présence apporte aussi :
- Main-d’œuvre dans l’agriculture, le bâtiment et les services.
- Diversité culturelle qui enrichit la société et le tourisme.
- Étudiants étrangers qui deviennent des relais économiques et culturels.
Mais les risques existent : discrimination, exploitation, marginalisation. Cependant, des mesures concrètes existent :
- Donner accès aux services de base (santé, éducation).
- Protéger contre l’exploitation au travail.
- Mettre en place des programmes de formation pour faciliter l’intégration.
Une politique claire réduit les tensions et maximise les bénéfices pour tous.
Agir ensemble
Comparée au Canada, à l’Allemagne ou au Maroc, la Tunisie est en retard sur l’intégration et l’accès aux services publics pour les migrants.
Pour progresser, il faut :
- Renforcer les lois et procédures pour clarifier le statut légal des migrants.
- Coopérer avec les pays voisins et l’Europe pour partager les coûts et les responsabilités.
- Impliquer la société civile dans la formation, la sensibilisation et l’accueil.
Ces leviers combinés peuvent sécuriser les frontières tout en respectant les droits humains. L’intégration réussie passe aussi par un changement de regard : campagnes de sensibilisation, échanges culturels et valorisation des apports des migrants.

La migration en Tunisie n’est pas seulement une question de contrôle des frontières. C’est un enjeu économique, social et culturel. Avec une approche inclusive, des partenariats internationaux et une mobilisation de la diaspora, le pays peut transformer ce défi en opportunité durable.
FNF – Fondation Friedrich-Naumann pour la Liberté
Consulter la publication FNF
“La Gestion des Flux Migratoires en Tunisie : Défis et Opportunités”, réalisée par Arafet Farroukh, Pr. associé d´Économie, Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de Tunis - Membre du LIEI; Hajer Habib, Enseignant-Chercheur, Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de Tunis- Membre du LIEI.