Levier financier : Comment les entreprises tunisiennes investissent sans se mettre en danger?

Ecotous
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Imaginez une entreprise comme un voilier : pour avancer plus vite, elle peut utiliser ses propres voiles ou ajouter un moteur — la dette. Mais comment les entreprises tunisiennes décident-elles d’emprunter ? Une étude récente sur des sociétés cotées en bourse révèle les principaux facteurs qui orientent leurs choix financiers.

C’est ce que montre l’étude “The Determinants of Leverage in Tunisian Listed Companies”, publiée dans l’International Journal of Economics and Business Administration (Volume XXIII, Issue 1, 2025, pp. 109-121), réalisée par Mohamed Aymen Ben Moussa, Dr. en finance à l’Université de Tunis El Manar, et Adel Boubaker, Pr. de finance à l’Université de Tunis El Manar. À partir d’une analyse de 30 entreprises tunisiennes cotées en bourse, sur la période 2016-2023, les chercheurs identifient les facteurs qui influencent les décisions d’endettement des entreprises.

Le levier financier désigne simplement la manière dont une entreprise utilise la dette pour financer ses investissements et soutenir sa croissance. Trop de dettes peut augmenter le risque financier. Mais trop peu peut aussi freiner le développement et faire manquer certaines opportunités. Tout est donc une question d’équilibre.

L’étude montre que plusieurs éléments déterminent cet équilibre : la rentabilité de l’entreprise, sa taille, son niveau de capitalisation, mais aussi l’environnement économique, notamment la croissance et l’inflation.

 Quand la rentabilité réduit le besoin d’emprunter

Les entreprises les plus rentables ont généralement moins besoin de recourir à la dette. Deux indicateurs permettent de mesurer cette rentabilité : le ROA (rendement des actifs) et le ROE (rendement des fonds propres). Plus ces indicateurs sont élevés, plus l’entreprise peut financer ses projets grâce à ses propres ressources.

Autrement dit, lorsqu’une entreprise génère suffisamment de profits, elle peut investir sans avoir besoin de solliciter des crédits. C’est ce que confirme l’étude : la plupart des entreprises tunisiennes étudiées privilégient d’abord leurs ressources internes avant d’envisager l’endettement.

Ce comportement correspond à une logique bien connue en finance, appelée pecking order : les entreprises utilisent d’abord leurs fonds propres, puis la dette si nécessaire, et ne recourent à l’émission d’actions qu’en dernier recours.

Les grandes entreprises empruntent plus facilement

La taille de l’entreprise joue également un rôle important dans l’accès au financement. Les grandes entreprises disposent généralement d’une réputation plus solide, d’actifs plus importants et de garanties plus crédibles auprès des banques et des investisseurs.

L’étude montre ainsi que les entreprises plus grandes et mieux capitalisées ont tendance à utiliser davantage la dette. Elles ont souvent plus de projets à financer et disposent de ressources suffisantes pour gérer leurs obligations financières.

À l’inverse, les entreprises de petite taille ou faiblement capitalisées adoptent généralement une approche plus prudente et limitent leur recours à l’endettement.

L’économie influence aussi les décisions

Les choix financiers des entreprises ne dépendent pas uniquement de leurs caractéristiques internes. Le contexte économique joue également un rôle déterminant. Lorsque la croissance économique est forte, les entreprises sont plus enclines à emprunter pour investir et profiter des opportunités de développement. Dans un climat économique favorable, les perspectives de rentabilité encouragent la prise de risque.

En revanche, lorsque l’inflation augmente, les coûts d’emprunt deviennent plus élevés et les entreprises peuvent préférer réduire leur niveau d’endettement afin de limiter les risques financiers. Ainsi, les entreprises tunisiennes ajustent leur stratégie d’endettement en fonction de la conjoncture économique : elles empruntent davantage lorsque les perspectives sont favorables et se montrent plus prudentes lorsque l’environnement devient incertain. Le levier financier reste un outil stratégique essentiel pour les entreprises. Bien utilisé, il permet d’accélérer la croissance et de financer de nouveaux projets. Mais mal maîtrisé, il peut fragiliser la stabilité financière.

L’étude de Mohamed Aymen Ben Moussa et Adel Boubaker montre que les décisions d’endettement des entreprises tunisiennes reposent sur un équilibre entre rentabilité, taille, capitalisation et conditions économiques. Comprendre ces mécanismes permet de mieux saisir comment les entreprises naviguent entre prudence et ambition dans un environnement économique parfois instable.

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Consultez l’étude

“The Determinants of Leverage in Tunisian Listed Companies”, publiée dans l’International Journal of Economics and Business Administration (Volume XXIII, Issue 1, 2025, pp. 109-121), réalisée par Mohamed Aymen Ben Moussa, Dr. en finance à l’Université de Tunis El Manar, et Adel Boubaker, Pr. de finance à l’Université de Tunis El Manar.

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