Le dernier Global Innovation Index 2025, publié par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), place la Tunisie à la 76e place sur 139 pays. Malgré ses limites, le pays fait partie des “overperformers”, c’est-à-dire des économies qui innovent plus que leur niveau de développement ne le laisserait prévoir. Décryptage d’un rapport qui mesure la vitalité de l’innovation à l’échelle mondiale.
Chaque année, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI/WIPO) publie le Global Innovation Index (GII), devenu la référence mondiale pour suivre la performance de 139 pays en matière d’innovation. L’édition 2025, intitulée Innovation at a Crossroads, arrive dans un contexte particulier : la recherche progresse, les percées technologiques se multiplient (intelligence artificielle, batteries, santé, énergie), mais les investissements ralentissent et le capital-risque reste en berne.
Le rapport, qui analyse également les 100 principaux “clusters” d’innovation dans le monde, permet de situer les leaders mondiaux mais aussi les pays émergents de l’innovation. La Tunisie y figure, avec des résultats contrastés mais porteurs d’espoir.
La Tunisie dans le classement 2025
Avec une 76e place mondiale, la Tunisie se situe en milieu de tableau, mais son résultat est à lire de plus près. Le pays fait partie des “overperformers” : son niveau d’innovation dépasse ce que l’on pourrait attendre d’une économie de son niveau de revenu. C’est une distinction importante, car seuls 17 pays à revenu faible ou intermédiaire bénéficient de ce statut en 2025.
Sur le plan régional, la Tunisie est derrière le Maroc (57e), mais devant l’Égypte (86e). Elle devance aussi plusieurs pays d’Afrique subsaharienne tels que le Sénégal (89e) ou le Rwanda (104e), tout en restant loin de l’île Maurice (53e), leader africain.
Les points forts de la Tunisie résident dans son capital humain, sa créativité et le potentiel de sa jeunesse diplômée. Le pays bénéficie d’une tradition d’investissement dans l’éducation et d’une diaspora dynamique, connectée aux écosystèmes mondiaux. En revanche, ses points faibles se situent du côté du financement, de l’adoption technologique et de la transformation des idées en succès économiques.

Innovation mondiale à un tournant
Pour mieux comprendre la position tunisienne, il faut la replacer dans le paysage mondial. Le GII 2025 confirme la domination des économies avancées : la Suisse, la Suède et les États-Unis forment le trio de tête, suivis par la Corée du Sud et Singapour. La Chine, désormais 10e, franchit un cap historique en rejoignant pour la première fois le top 10.
Au-delà des leaders, de nombreux pays à revenu intermédiaire continuent de progresser. L’Inde (38e), le Viet Nam (44e), la Türkiye (43e) ou encore le Maroc (57e) grimpent régulièrement dans le classement, preuve que l’innovation n’est plus le monopole des économies les plus riches.
Mais l’édition 2025 pointe aussi des fragilités. La recherche et développement (R&D) mondiale progresse au ralenti, enregistrant sa plus faible croissance depuis la crise financière de 2009. Le capital-risque, qui finance les start-ups, reste concentré sur quelques grandes économies et sur l’intelligence artificielle, au détriment d’autres secteurs et régions. En revanche, la production scientifique bat des records, avec plus de 2 millions d’articles publiés en 2024.

Quels défis et opportunités pour la Tunisie ?
Le rapport rappelle que l’innovation ne se limite pas aux laboratoires ou aux brevets : elle se traduit aussi par la capacité à créer des entreprises, à développer des marchés et à améliorer la vie quotidienne. Pour la Tunisie, les défis sont multiples :
- Renforcer le financement privé de l’innovation, encore largement dépendant de l’État ;
- Améliorer les infrastructures numériques pour élargir l’accès aux technologies ;
- Encourager la transformation des projets de recherche en produits et services compétitifs.
Mais les opportunités sont bien réelles. La jeunesse tunisienne est hautement qualifiée, l’écosystème start-up se structure, et des secteurs comme les énergies renouvelables ou les technologies numériques offrent un terrain fertile.
Le statut d’“overperformer” est une reconnaissance encourageante, mais il appelle aussi à l’action. Pour progresser dans le classement, la Tunisie devra investir dans la confiance (des investisseurs, des entreprises et des citoyens) afin de transformer son potentiel en réussite durable.

Le Global Innovation Index 2025 dresse un tableau contrasté : un monde où l’innovation reste dynamique, mais où son financement ralentit et son adoption demeure inégale. Pour la Tunisie, le classement est à la fois une alerte et un encouragement : le pays n’est pas en tête, mais il avance mieux que prévu.
ECOTOUS
Consultez le rapport
“Global Innovation Index 2025: Innovation at a Crossroads”, publié par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI/WIPO).