En Tunisie, les étés dépassent les 47°C, la pluie se fait rare et la mer grignote le littoral. Pendant ce temps, presque toute l’électricité provient du gaz naturel importé, cher et polluant. Pourtant, le pays dispose d’atouts capables de changer la donne : un soleil abondant, des vents réguliers et des ressources encore inexploitées.
La Tunisie est confrontée à une double urgence : climatique et énergétique. Le changement climatique affecte déjà l’agriculture, la santé et le tourisme, tandis que la dépendance quasi totale au gaz naturel (en grande partie importé) fragilise l’économie et accroît les émissions de CO₂.
Les énergies renouvelables, qu’il s’agisse du solaire, de l’éolien, de la biomasse, de l’hydrogène vert ou même de l’énergie des vagues, offrent une réponse stratégique. Elles reposent sur des ressources locales inépuisables, mais leur déploiement nécessite de lever des freins majeurs : manque de financements, lourdeurs administratives et infrastructures insuffisantes.
Climat : un pays sous pression
En dix ans, les précipitations annuelles ont chuté de plus d’un tiers, passant de 323 mm à 202 mm. Moins de pluie signifie moins d’eau pour irriguer les cultures, remplir les barrages et alimenter les foyers. Dans certaines régions, les tensions autour de l’eau sont déjà visibles et risquent de s’intensifier.
Les températures maximales ont augmenté de 43°C à plus de 47°C entre 2010 et 2021. Cette hausse de 4°C accentue l’évaporation, amplifie les vagues de chaleur et pèse sur la productivité, l’agriculture et la santé publique.
Autre menace, l’érosion côtière fait reculer le littoral de 70 cm par an, soit dix fois la moyenne mondiale. Les plages, essentielles pour le tourisme et la pêche, disparaissent peu à peu.

Un potentiel énergétique sous-exploité
En 2023, 97% de l’électricité tunisienne provenait du gaz naturel, dont une partie importée. Cette dépendance coûte cher et freine les ambitions climatiques.
- Solaire : un ensoleillement exceptionnel (1850 kWh/m²/an), mais moins de 3% exploité.
- Éolien : des vents de plus de 7 m/s dans certaines zones, favorables à l’installation de parcs.
- Hydrogène vert : carburant propre produit grâce à l’électricité renouvelable, encore à ses débuts
- Biomasse : valorisation des déchets agricoles pour produire de l’énergie.
- Énergie houlomotrice : capter l’énergie des vagues, un potentiel inexploité le long des côtes.
Quand d’autres pays montrent la voie
Plusieurs pays ont démontré qu’il est possible de transformer des contraintes environnementales et énergétiques en véritables opportunités. Parmi eux :
- Espagne : en supprimant la “taxe sur le soleil” et en lançant des enchères compétitives, elle a atteint 44% d’électricité renouvelable en 2020.
- Pays-Bas : contre la montée des eaux, ils ont construit des digues écologiques et modernisé leurs bâtiments.
- Costa Rica : 98% d’électricité verte grâce à l’hydroélectricité, au solaire et à la géothermie, tout en préservant ses forêts et en développant un écotourisme rentable.
- Australie : dessalement de l’eau de mer et irrigation solaire pour lutter contre les sécheresses.
- Maroc : son complexe solaire Noor est l’un des plus grands au monde, financé par partenariats public-privé et obligations vertes.
Ces réussites montrent qu’il faut une vision claire, des financements bien ciblés et l’implication de toute la population.

En Tunisie, le défi est de taille : pour atteindre 30% d’énergies renouvelables d’ici 2030, il faudra investir entre 27 et 35 milliards USD d’ici 2050. Cet effort financier servira à construire des centrales, moderniser le réseau électrique et mettre en place des solutions de stockage pour gérer l’énergie produite.
Mais au-delà de l’argent, d’autres freins ralentissent la transition : procédures administratives trop longues, coordination insuffisante entre les institutions et règles parfois contradictoires.
Les clés d’une transition réussie
- Simplifier les démarches : Mettre en place un guichet unique pour traiter les projets d’énergies renouvelables, réduire les délais et donner plus de visibilité aux investisseurs.
- Assurer le financement : Encourager les partenariats public -privé, émettre des obligations vertes (emprunts dédiés à des projets durables) et créer un fonds souverain pour soutenir les projets à long terme.
- Moderniser les infrastructures : Investir dans les réseaux intelligents (smart grids, qui adaptent en temps réel la distribution d’électricité) et dans le stockage (batteries, hydrogène vert) pour pallier l’intermittence du solaire et de l’éolien.
- Impliquer les citoyens : Informer sur les bénéfices des énergies renouvelables et encourager l’autoproduction grâce à des incitations fiscales (réductions d’impôts pour l’installation de panneaux solaires, par exemple).

Au-delà des aspects techniques, la transition doit aussi être :
- Culturelle : éduquer aux pratiques durables dès l’école, promouvoir la sobriété énergétique et l’achat local.
- Inclusive : garantir l’accès à l’énergie propre pour tous, créer des emplois verts, réduire les inégalités régionales.
FNF – Fondation Friedrich-Naumann pour la Liberté
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“Les Énergies Renouvelables : Une Réponse Stratégique aux Défis Climatiques et Énergétiques en Tunisie”, réalisée par Hela Tlili, Maître-Assistant en Économie (Université de Tunis El Manar) & Houssem Eddine Hmida, Enseignant-Chercheur (Université de Bourgogne, France).