La guerre au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz rappellent une réalité souvent sous-estimée : l’économie tunisienne reste fortement dépendante du pétrole importé. Dans son Policy Brief “Chocs pétroliers, tensions géopolitiques et fragilité financière : quels risques pour la stabilité macroéconomique de la Tunisie ?”, Meriem Sebai analyse les vulnérabilités de l’économie tunisienne face à une nouvelle flambée des prix de l’énergie.
À première vue, les tensions du Moyen-Orient semblent éloignées du quotidien des Tunisiens. Pourtant, lorsqu’elles perturbent les marchés pétroliers mondiaux, leurs effets se diffusent rapidement jusqu’à l’économie nationale. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, reste un point stratégique majeur. Toute perturbation y entraîne généralement une hausse immédiate des prix de l’énergie. Pour la Tunisie, cette hausse ne se limite pas à une facture énergétique plus lourde. Elle agit comme un choc transversal qui touche la croissance, les finances publiques, le pouvoir d’achat et la stabilité financière.
Une économie très exposée
La Tunisie dépend largement des marchés internationaux pour son approvisionnement énergétique. Une hausse du pétrole se traduit immédiatement par un renchérissement des importations et une pression accrue sur les réserves en devises. Cette vulnérabilité est amplifiée par un contexte interne déjà contraint : croissance limitée, recul de la production nationale d’hydrocarbures et marges budgétaires réduites. Chaque hausse durable du prix de l’énergie agit donc comme un facteur de déséquilibre supplémentaire.
Le premier canal d’impact concerne les finances publiques. Le système de subventions énergétiques absorbe une partie des fluctuations des prix mondiaux. Mais lorsque les cours augmentent, le coût budgétaire s’envole, obligeant l’État à arbitrer entre déficit accru ou ajustement des prix intérieurs, avec des implications sociales sensibles. Le second canal est extérieur. Une facture énergétique plus élevée aggrave le déficit courant et augmente les besoins de financement extérieur, renforçant la dépendance aux ressources externes. Enfin, l’effet se propage à l’économie réelle. La hausse des carburants renchérit les coûts de transport et de production, ce qui pousse les entreprises à répercuter ces hausses sur les prix. Pour les ménages, cela se traduit par une érosion progressive du pouvoir d’achat.

Le maillon fragile : les banques
Les chocs pétroliers ne se limitent pas aux comptes publics ou à l’inflation. Ils touchent aussi directement le système bancaire. Déjà fragilisées par un niveau élevé de créances douteuses, les banques tunisiennes sont sensibles à la détérioration de la situation financière des entreprises. Lorsque les coûts énergétiques augmentent, les secteurs intensifs en énergie voient leurs marges se contracter, ce qui fragilise leur capacité de remboursement.
Certaines entreprises reportent leurs investissements ou accumulent des retards de paiement, alimentant ainsi la progression des créances à risque dans les bilans bancaires. Cette dynamique renforce la vulnérabilité du secteur financier. Le risque est accentué par les interconnexions entre l’État et les banques. Ces dernières détiennent une part importante de la dette publique, tandis que l’État dépend fortement du financement domestique. En période de tension, cette dépendance croisée peut amplifier les fragilités systémiques.
Cette analyse est au cœur du Policy Brief “Chocs pétroliers, tensions géopolitiques et fragilité financière : quels risques pour la stabilité macroéconomique de la Tunisie ?”, élaboré par Meriem Sebai, Faculty of Economic Sciences and Management of Tunis, University of Tunis El-Manar ; Higher Institute of Management of Bizerte, University of Carthage.

Renforcer la résilience économique
Face à ces risques, plusieurs leviers d’action sont identifiés. La transition énergétique constitue un axe central. Le développement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique permettraient de réduire progressivement la dépendance aux hydrocarbures importés.
La réforme des subventions énergétiques représente un second levier. Un meilleur ciblage permettrait de protéger les ménages vulnérables tout en limitant la pression sur les finances publiques. Le renforcement du secteur bancaire apparaît également prioritaire, notamment à travers une meilleure gestion des créances douteuses et un cadre prudentiel plus robuste. Enfin, la consolidation budgétaire, la transparence des politiques publiques et la stabilité des relations avec les partenaires financiers internationaux restent des conditions essentielles de résilience. Les tensions géopolitiques rappellent une réalité structurelle : une économie dépendante des importations d’énergie reste exposée aux chocs externes. Elles mettent aussi en lumière des fragilités déjà existantes : croissance limitée, pression budgétaire, vulnérabilité financière et dépendance énergétique. L’enjeu dépasse donc la conjoncture. Il s’agit de construire une économie plus résiliente, capable d’absorber les chocs internationaux sans basculer en crise interne.
Le Policy Brief de Meriem Sebai, “Chocs pétroliers, tensions géopolitiques et fragilité financière : quels risques pour la stabilité macroéconomique de la Tunisie ?”, met ainsi en lumière les différents canaux par lesquels un choc pétrolier peut se transmettre à l’économie tunisienne.
ECOTOUS
Consultez le Policy Brief
"Chocs pétroliers, tensions géopolitiques et fragilité financière : quels risques pour la stabilité macroéconomique de la Tunisie” ?, Élaboré par Meriem Sebai, Faculty of Economic Sciences and Management of Tunis, University of Tunis El-Manar ; Higher Institute of Management of Bizerte, University of Carthage.