Dans leur étude “Are Female Leadership and Innovation Determinants of Tunisian Firms’ Participation in Global Value Chains ?”, publiée dans l’International Journal of Financial Studies en 2026, Mohamed Ilyes Gritli, Teheni El Ghak et Fatma Marrakchi Charfi analysent les facteurs qui favorisent l’intégration des entreprises tunisiennes dans les chaînes de valeur mondiales. Leurs résultats mettent notamment en évidence le rôle du leadership féminin et de l’innovation des processus.
Une entreprise tunisienne peut aujourd’hui fabriquer un composant destiné à une usine européenne, qui sera ensuite intégré dans un produit vendu en Asie ou en Amérique du Nord. Cette organisation du commerce mondial repose sur les chaînes de valeur mondiales, dans lesquelles plusieurs pays participent à différentes étapes de la production. La Tunisie occupe déjà une place importante dans ces réseaux internationaux, notamment dans les secteurs du textile, des industries mécaniques et électriques, de la chimie et de l’agroalimentaire. Mais toutes les entreprises ne profitent pas de ces opportunités de la même manière. À partir des données de l’enquête 2025 de la Banque mondiale auprès des entreprises tunisiennes, une étude récente a cherché à identifier les facteurs qui favorisent l’intégration dans ces circuits mondiaux. Deux éléments ressortent particulièrement : le leadership féminin et l’innovation.
Intitulé “Are Female Leadership and Innovation Determinants of Tunisian Firms’ Participation in Global Value Chains ?”, l’étude est réalisée par Mohamed Ilyes Gritli, enseignant-chercheur au Département d’économie de la Faculté des sciences juridiques, économiques et de gestion de Jendouba et membre du Laboratoire d’intégration économique internationale de la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis ; Teheni El Ghak, enseignante-chercheuse à l’Institut supérieur de gestion de Tunis, au Laboratoire d’intégration économique internationale de la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis, Université Tunis El Manar ; et Fatma Marrakchi Charfi, chercheure au Laboratoire d’intégration économique internationale de la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis, Université Tunis El Manar.
Les femmes dirigeantes, un avantage compétitif encore sous-estimé
L’étude montre que les entreprises dirigées par des femmes participent davantage aux échanges internationaux que celles dirigées exclusivement par des hommes. La présence de femmes dans les postes de décision augmente significativement la probabilité d’intégration aux chaînes de valeur mondiales. Le même constat s’applique aux entreprises dont une femme détient une part du capital. Ces résultats sont particulièrement intéressants dans un contexte où les femmes restent encore minoritaires dans les fonctions dirigeantes en Tunisie. Pourtant, leur présence semble constituer un véritable levier de performance. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. La diversité dans les équipes de direction favorise souvent une meilleure prise de décision, une plus grande ouverture aux idées nouvelles et une meilleure capacité à gérer des environnements complexes. Autant d’atouts dans un contexte économique mondialisé où les entreprises doivent constamment s’adapter.

Innover, oui… mais surtout dans les méthodes de travail
L’innovation est souvent associée à la création de nouveaux produits. Pourtant, les résultats de l’étude montrent que ce n’est pas nécessairement ce qui fait la différence pour accéder aux marchés internationaux. L’innovation de produit, à elle seule, n’exerce pas d’effet significatif sur la participation des entreprises tunisiennes aux chaînes de valeur mondiales. En revanche, l’innovation des processus joue un rôle majeur. Il s’agit d’améliorer les méthodes de production, l’organisation du travail, les technologies utilisées ou encore la logistique.
Les entreprises qui modernisent leur fonctionnement interne augmentent sensiblement leurs chances d’intégrer les réseaux mondiaux de production. Mieux encore, lorsque les innovations de produit et de processus sont mises en oeuvre simultanément, les effets deviennent encore plus importants. Le message est simple : avant de conquérir de nouveaux marchés, il faut souvent commencer par produire mieux, plus efficacement et avec une qualité constante.
La qualité, l’ouverture et la bonne gouvernance font aussi la différence
L’étude met également en évidence plusieurs facteurs complémentaires. Les entreprises certifiées selon des standards internationaux disposent d’un avantage important. Les certifications renforcent leur crédibilité auprès des partenaires étrangers et facilitent l’accès aux marchés internationaux. La présence d’investisseurs étrangers dans le capital favorise également l’intégration grâce à un meilleur accès aux technologies, aux compétences et aux réseaux commerciaux internationaux. À l’inverse, la corruption apparaît comme un frein majeur. Elle augmente les coûts, crée de l’incertitude et réduit la capacité des entreprises à évoluer dans un environnement mondial fortement concurrentiel. Enfin, la taille de l’entreprise demeure déterminante. Les grandes entreprises disposent généralement de davantage de ressources pour répondre aux exigences des marchés internationaux, tandis que les petites structures rencontrent davantage de difficultés.

Les enseignements de cette recherche dépassent largement le cadre de l’entreprise. Ils montrent que la compétitivité internationale de la Tunisie dépend aussi de facteurs humains et organisationnels. Encourager l’accès des femmes aux responsabilités économiques, soutenir la modernisation des processus de production, renforcer les certifications internationales et améliorer l’environnement des affaires pourraient constituer des leviers puissants pour consolider la place du pays dans l’économie mondiale.
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"Are Female Leadership and Innovation Determinants of Tunisian Firms' Participation in Global Value Chains ?", publiée dans l'International Journal of Financial Studies (2026), réalisée par Mohamed Ilyes Gritli, enseignant-chercheur au Département d'économie de la Faculté des sciences juridiques, économiques et de gestion de Jendouba ; Teheni El Ghak, enseignante-chercheuse à l'Institut supérieur de gestion de Tunis ; et Fatma Marrakchi Charfi, chercheure. Les trois auteurs sont membres du Laboratoire d'intégration économique internationale de la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis, Université Tunis El Manar.