Et si l’inflation n’était pas toujours un problème ?

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En Tunisie, la hausse des prix alimente les inquiétudes depuis plusieurs années. Mais viser une inflation proche de zéro est-il vraiment la meilleure solution pour relancer l’économie ? Pas forcément. Un mémoire de recherche soutenu à l’École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales de Tunis, intitulé « Inflation et croissance économique : L’impact d’un taux optimale d’inflation sur la croissance économique en Tunisie : étude économétrique », propose une lecture nuancée : tout est une question de dosage.

Trop peu d’inflation peut freiner la croissance. Trop d’inflation, à l’inverse, désorganise l’économie. Cette analyse, fondée sur la période 1986-2020, rappelle qu’un certain niveau d’inflation peut accompagner le développement économique, à condition d’être maîtrisé.

Dans un contexte national complexe, ce travail invite à repenser les choix de politique monétaire : comment trouver le juste milieu entre stabilité des prix et soutien à la croissance ?

Quel niveau d’inflation pour soutenir la croissance économique ? 

L’inflation revient régulièrement dans les débats économiques. En Tunisie, elle inquiète autant les ménages que les décideurs. Les prix grimpent, le pouvoir d’achat diminue, les entreprises hésitent à investir. Pourtant, l’inflation n’est pas toujours mauvaise en soi. Lorsqu’elle reste modérée, elle peut même accompagner la croissance.

Ce mémoire s’est donné un objectif clair : trouver à partir de quel niveau l’inflation commence à nuire à l’économie tunisienne. L’analyse repose sur plus de 30 ans de données et cherche à identifier le seuil au-delà duquel la hausse des prix devient contre-productive. Ce seuil, appelé « taux d’inflation optimal », permettrait de guider les choix de politique économique dans un contexte difficile.

Une inflation modérée peut faire du bien

Contrairement aux idées reçues, une légère hausse des prix peut être un bon signe. Elle reflète une économie active, où les gens consomment, les entreprises produisent, et les salaires progressent. C’est pourquoi plusieurs pays fixent un objectif d’inflation; souvent autour de 2 % à 3 % ;  pour garder l’économie sur les rails.

L’analyse menée dans ce mémoire suggère que cette logique s’applique aussi à la Tunisie. Sur la période étudiée, une inflation jusqu’à 4 ,5 % semble aller de pair avec une croissance économique soutenue. Au-delà, les effets deviennent négatifs : la hausse des prix perturbe l’activité, réduit la confiance et freine les investissements.

Ce que nous apprennent les données économiques

Pour comprendre cette relation, le mémoire croise plusieurs indicateurs : croissance du PIB, inflation, masse monétaire, taux d’investissement, ouverture commerciale, taux de change…

Résultat : tant que l’inflation reste modérée, elle accompagne la croissance. Mais à partir d’un certain seuil, elle désorganise l’économie. Autrement dit, l’inflation agit un peu comme une pression dans une marmite : trop faible, rien ne bouge ; trop forte, tout déborde. Le bon niveau, selon cette analyse, se situe autour de 4,5 % pour la Tunisie.

Cela ne signifie pas qu’il faut viser ce taux à tout prix, mais qu’il peut servir de repère. L’économie tunisienne ne gagnerait ni à écraser complètement l’inflation, ni à la laisser filer sans contrôle.

Une politique monétaire à rééquilibrer

Depuis quelques années, la Banque Centrale de Tunisie mène une politique stricte pour contenir l’inflation, notamment en augmentant ses taux directeurs. Mais cette approche a ses limites.

Lutter contre l’inflation ne suffit pas : il faut aussi encourager l’investissement, soutenir la production locale et rassurer les acteurs économiques.

Ce travail recommande donc une politique monétaire plus souple quand la situation le permet, combinée à d’autres leviers d’action :

  • Encourager la production nationale pour réduire la dépendance aux importations ;
  • Stabiliser le cadre politique et économique ;
  • Protéger les ménages vulnérables face aux hausses de prix.

Il ne s’agit pas de choisir entre inflation ou croissance, mais de trouver le bon équilibre. La clé, c’est d’agir de façon coordonnée, en gardant à l’esprit les limites de chaque outil.

Kawther Hedfi  – économiste junior

Lire Mémoire de recherche

Relation entre inflation et croissance économique en Tunisie : étude économétrique”, soutenu à l’École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales de Tunis.

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