Depuis l’indépendance, la Tunisie a fait de l’éducation un pilier de son développement. La scolarisation s’est largement améliorée, mais les écarts entre régions, villes et campagnes, ainsi qu’entre hommes et femmes, demeurent importants.
L’éducation est un levier majeur de croissance et de justice sociale. Elle améliore la productivité, réduit la pauvreté et favorise le bien-être individuel. En Tunisie, les réformes éducatives mises en place depuis 1956 ont porté leurs fruits : la durée moyenne de scolarisation a presque triplé entre 1975 et 2004. Cette progression cache toutefois des disparités profondes. Les écarts varient selon la région, le milieu de résidence et le genre.
Des avancées réelles, mais inégales
Entre 1975 et 2004, les Tunisiens ont gagné près de trois années de scolarisation en moyenne. Dans le même temps, l’inégalité éducative a reculé d’environ 30%. Mais ces améliorations ne sont pas réparties équitablement.
Les régions côtières, mieux dotées en infrastructures, affichent des taux de scolarisation plus élevés. Tunis, Sousse et Monastir ont ainsi progressé beaucoup plus rapidement que Kairouan, Kasserine ou Sidi Bouzid. Les écarts sont également visibles entre villes et campagnes : en 2004, un jeune citadin accumulait souvent deux fois plus d’années d’études qu’un jeune vivant en zone rurale.
Les femmes : un rattrapage impressionnant

Les Tunisiennes partaient d’un retard considérable dans les années 1970. En trois décennies, elles ont gagné en moyenne 4 années de scolarité, contre 3,5 pour les hommes. Aujourd’hui, elles représentent la majorité des étudiants à l’université.
Cette réussite traduit les efforts constants en faveur de l’éducation des filles depuis l’indépendance. Pourtant, dans plusieurs régions intérieures, des obstacles économiques et culturels continuent de limiter l’accès des jeunes filles à l’école.
Un clivage Est-Ouest marqué
En regroupant les gouvernorats, deux fractures persistantes se dégagent :
- À l’Est (zones côtières), l’éducation est plus développée et mieux répartie.
- À l’Ouest (zones intérieures), les inégalités restent plus fortes, avec un niveau moyen d’éducation inférieur.
Ce déséquilibre s’explique en partie par l’exode des jeunes diplômés : nombreux sont ceux qui quittent leur région d’origine pour chercher travail et meilleures conditions de vie sur la côte.
Résultat : l’intérieur du pays s’appauvrit en capital humain, ce qui freine son développement et entretient le cycle des inégalités.

Cependant, une tendance encourageante se dégage : l’élévation du niveau d’éducation réduit les inégalités. Néanmoins, la Tunisie doit encore relever deux défis majeurs :
- Combler la fracture entre régions côtières et intérieures,
- Garantir à tous, filles et garçons, un accès équitable à l’éducation, quel que soit le lieu de naissance.
Assurer ces conditions est essentiel pour que l’école reste un véritable ascenseur social et un moteur de développement durable.
Salwa Trabelsi – Professeure, Université de Tunis
Consulter l'étude
“Regional Inequality of Education in Tunisia: An Evaluation by the Gini Index”, publiée dans la revue académique Région et Développement, numéro 37, en 2013.