Dans les régions rurales de Tunisie, un programme d’accompagnement a offert à des jeunes la possibilité de créer leur propre activité. En combinant formation, financement et soutien local, cette initiative a permis de relier développement économique et participation active à la vie collective.
Dans les zones rurales tunisiennes, les jeunes font face à des perspectives limitées. Entre le chômage, l’isolement géographique et le manque de services, beaucoup peinent à envisager un avenir local. Pourtant, ces territoires disposent d’atouts sous-exploités : terres agricoles, ressources naturelles et énergie humaine.
Pour répondre à ce déséquilibre, un programme porté par une ONG a été mis en place. Son principe : aider les jeunes à construire un projet agricole viable, grâce à des formations ciblées et un financement adapté. Ce dispositif n’avait pas seulement pour but de créer de l’emploi, mais aussi de favoriser une nouvelle dynamique d’insertion sociale et locale.
Une opportunité pour prendre racine

Le programme s’adresse à une jeunesse souvent peu qualifiée, mais motivée. Il propose une formation en gestion de projet et en pratiques agricoles, associée à un accès facilité à un microcrédit conforme aux principes de la finance islamique.
Cette combinaison vise à encourager l’installation agricole en réduisant les barrières d’entrée. Pour de nombreux participants, c’était l’occasion de lancer une activité productive tout en restant dans leur région.
Créer un projet, retrouver une voix
Dans le cadre d’un article académique intitulé Favoriser l’entrepreneuriat ? De l’autonomie économique à la participation citoyenne à travers l’investissement agricole. Cas de la Tunisie rurale post-révolution. – Archive ouverte HAL , une enquête a été conduite auprès de 343 jeunes, complétée par des échanges en petits groupes avec 26 d’entre eux. Elle a permis de mieux comprendre l’impact du programme. Parmi les participants, 22 % ont bénéficié à la fois de la formation et du financement. Et, ce sont eux qui ont montré les avancées les plus nettes. En développant leur propre activité, ces jeunes ont gagné en assurance et en indépendance.
Mais l’impact ne s’est pas limité au plan économique : beaucoup ont commencé à s’investir localement. Ils ont assisté à des réunions, participé à des collectifs, pris part à des décisions. L’entrepreneuriat s’est ainsi révélé un levier d’émancipation plus global.
Des bases solides, mais des freins à lever
Malgré son efficacité, le programme a montré certaines limites. Le recours à la microfinance islamique, bien que facilitateur, impose un nombre restreint de fournisseurs, ce qui a pu limiter les marges de manœuvre des jeunes entrepreneurs. Les projets liés à l’élevage, plus exigeants en temps, auraient nécessité un suivi plus long.
À cela s’ajoute une fragilité constatée après la fin du dispositif : plusieurs dynamiques collectives se sont affaiblies en l’absence de soutien continu, notamment durant la période de pandémie. Ces constats ont mis en lumière l’importance des liens professionnels et sociaux à l’échelle locale, indispensables à la durabilité des projets.

Une dynamique à cultiver
Ce programme a démontré qu’en conjuguant formation, financement et ancrage territorial, il est possible d’ouvrir des perspectives concrètes aux jeunes des zones rurales. En prenant en main leur activité, ils ont aussi repris leur place au sein de leur environnement social.
Pour aller plus loin, il apparaîtrait nécessaire d’assurer un accompagnement prolongé, de diversifier les soutiens financiers, et de consolider les réseaux locaux. Ceci permettrait à cette dynamique de s’ancrer durablement dans les territoires.
ECOTOUS
Consultez l'article
"Favoriser l’entrepreneuriat ? De l’autonomie économique à la participation citoyenne à travers l’investissement agricole. Cas de la Tunisie rurale post-révolution", réalisé par Mikaël Akimowicz, Kaouther Toumi, Rania Chaabane, Nabil Ghalleb, (HALL Open Science).