Croissance et écologie en Tunisie : Le pari des énergie renouvelables

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La Tunisie se développe rapidement, mais cette croissance a un coût : la pollution augmente. Pourtant, les énergies renouvelables offrent une opportunité unique pour limiter cet impact tout en soutenant l’économie. Comment concilier prospérité et durabilité dans un pays où dépendance aux fossiles et besoins de développement s’entremêlent ?

On pense souvent que faire croître l’économie et protéger la planète relèvent de deux logiques opposées. En Tunisie, le développement s’est longtemps appuyé sur les énergies fossiles (pétrole et gaz) qui ont alimenté la croissance économique mais aussi intensifié la pollution. Cette équation semble inévitable : produire plus signifie consommer plus d’énergie, et cette énergie repose encore largement sur des sources très polluantes.

Pourtant, l’essor des énergies renouvelables pourrait changer la donne. Cette relation entre croissance, émissions de CO₂ et énergie renouvelable a notamment été analysée dans l’article de recherche “An ARDL approach to the CO2 emissions, renewable energy and economic growth nexus: Tunisian evidence”, réalisé par Abdelbaki Cherni (ISCAE, Université de la Manouba – Unité de recherche MOCFINE) et Sana Essaber Jouini (ISCAE, Université de la Manouba ; Laboratoire d’Économie et de Gestion Industrielle, École Polytechnique de Carthage).

En analysant les données tunisiennes entre 1990 et 2015 à l’aide d’un modèle économétrique (approche ARDL), les chercheurs montrent que croissance, pollution et énergies vertes sont intimement liées, et qu’il est possible d’inventer un modèle de développement à la fois prospère et durable.

L’état des lieux : énergie, pollution et économie

Près de 97% de l’énergie consommée en Tunisie provient du pétrole et du gaz. Ces sources fossiles émettent massivement du CO₂, gaz responsable du réchauffement climatique. Entre 2000 et 2013, les émissions ont fortement augmenté, conséquence directe du développement industriel et du transport. Cette pollution menace la qualité de l’air et la santé publique, en aggravant les maladies respiratoires et l’asthme dans les grandes villes.

La Tunisie est également passée d’un pays exportateur d’énergie à importateur net, fragilisant sa sécurité énergétique et son autonomie stratégique. Pour répondre à la demande croissante tout en réduisant la pollution, le pays investit dans le solaire, l’éolien et la biomasse. Plus de 8 milliards de dinars tunisiens sont prévus d’ici 2030 pour diversifier le mix énergétique et réduire la dépendance aux fossiles.

Croissance et pollution : un cercle difficile à rompre

L’analyse révèle une corrélation forte entre le PIB tunisien et les émissions de CO₂. La croissance économique s’est longtemps appuyée sur les fossiles, créant un cercle où prospérité et pollution avancent ensemble. Ce modèle est difficilement soutenable sur le long terme.

Le phénomène peut être expliqué par la courbe de Kuznets environnementale : au début du développement, la pollution augmente avec la richesse. Au-delà d’un certain seuil, la société peut investir dans des technologies propres et réduire ses émissions. En Tunisie, atteindre ce seuil est essentiel pour que la croissance devienne un levier de transition énergétique.

Les énergies renouvelables : un levier stratégique

Les énergies renouvelables (solaire, éolien et biomasse) produisent de l’électricité sans émettre de CO₂. Les résultats économétriques montrent qu’une augmentation de la part des renouvelables dans le mix énergétique contribue à freiner la progression des émissions sur le long terme.

La relation entre croissance économique et développement des renouvelables est bidirectionnelle :

  • Plus la Tunisie développe ses renouvelables, plus elle réduit la pollution à long terme.
  • Plus la croissance économique progresse, plus le pays peut investir dans ces infrastructures.

Pour autant, ce cercle vertueux reste fragile. Le coût élevé des technologies et certaines priorités économiques, notamment après la révolution tunisienne où le développement régional a parfois été privilégié au détriment de l’environnement, freinent encore la transition.

Impacts économiques et sociaux des renouvelables

Investir dans les énergies propres n’est pas seulement une question écologique. Cela génère également des emplois locaux dans la construction, la maintenance et la fabrication de composants. Le développement des renouvelables stimule aussi l’innovation technologique et ouvre des opportunités économiques pour des filières encore peu exploitées.

La transition énergétique est donc à la fois un défi et une chance : transformer la contrainte environnementale en moteur de croissance et d’emploi. Pour réussir, la Tunisie doit mettre en place :

  • Des objectifs clairs pour accroître la part des renouvelables dans la consommation énergétique
  • Des soutiens financiers ciblés pour compenser le coût initial des technologies propres.
  • Une formation spécialisée pour développer une main-d’œuvre qualifiée dans ce secteur stratégique.

Vers un équilibre durable

Les modèles statistiques appliqués aux données tunisiennes démontrent qu’un équilibre à long terme entre croissance économique et réduction des émissions est possible. Avec un recours accru aux renouvelables et des politiques publiques cohérentes, le pays peut continuer à croître tout en limitant son impact environnemental.

Le défi reste politique et économique : inverser la dépendance au diesel, charbon et pétrole, et renforcer la volonté politique pour soutenir les investissements verts. La réussite passe par une coordination entre secteur public et privé, une vision stratégique claire et un suivi régulier des résultats.

Un tournant stratégique pour la Tunisie

La Tunisie est à un carrefour énergétique et économique. La transition vers les énergies renouvelables n’est pas seulement un impératif écologique, c’est aussi une opportunité économique majeure. Conjuguer croissance et durabilité exige :

  • Une volonté politique forte et constante,
  • Des investissements ciblés et suivis,
  • Une planification stratégique et cohérente.

L’avenir énergétique du pays dépendra de sa capacité à transformer la contrainte environnementale en moteur d’innovation et de développement économique. Le succès de cette transition pourrait faire de la Tunisie un exemple pour d’autres pays en développement confrontés au même défi.

ECOTOUS

Consultez l’article de recherche

“An ARDL approach to the CO2 emissions, renewable energy and economic growth nexus: Tunisian evidence”, réalisé par Abdelbaki Cherni (ISCAE, Université de la Manouba -Unité de recherche MOCFINE) et Sana Essaber Jouini (ISCAE, Université de la Manouba ; Laboratoire d’Économie et de Gestion Industrielle, École Polytechnique de Carthage).

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