Changer nos habitudes pour réduire le gaspillage en Tunisie

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En Tunisie, chaque personne jette en moyenne 91kg de nourriture par an. Cela représente plus d’un million de tonnes de nourriture gaspillées chaque année ; un gaspillage lourd pour le portefeuille des ménages et pour l’environnement. Que faire, tout de suite, pour inverser la tendance ?

Pain oublié, légumes flétris, restes jetés… Ces gestes du quotidien semblent anodins, mais ils s’accumulent. En Tunisie, les ménages gaspillent une quantité équivalente à plus de 1.000 000 tonnes par an.

Sur le plan monétaire, le gaspillage pèse : on estime entre 17 et 20 dinars par ménage chaque mois en nourriture jetée. Le pain est un symbole de ce gâchis : 900.000 unités jetées chaque jour, soit 100 millions de dinars par an.

Le gaspillage n’est pas seulement un problème éthique ; il gaspille aussi l’eau, l’énergie et génère des émissions de gaz à effet de serre. Comprendre pourquoi nous jetons et comment changer nos gestes, c’est rendre notre alimentation plus juste, moins chère et moins polluante.

Ce que mangent (et gaspillent) les Tunisiens

Les habitudes alimentaires ont évolué : les Tunisiens restent de grands consommateurs de céréales (environ 174 kg par personne/an en 2020), mais consomment aussi plus de légumes (passés de 74 à 85 kg/an) et davantage de viande blanche (de ~11 à 21 kg/an). Pourtant, certains aliments ont un coût environnemental beaucoup plus élevé : la viande rouge émet nettement plus de gaz à effet de serre qu’une portion de poulet et consomme énormément d’eau.

Côté gaspillage par produit : le pain arrive en tête. Viennent ensuite pâtes/blé (environ 10% du gaspillage), légumes (~6%) et fruits (~4%). Les produits laitiers et le lait gaspillent moins (en moyenne ~2,3%). Ces chiffres montrent que des gestes simples sur le pain, les céréales et la conservation peuvent réduire énormément le volume jeté.

Pourquoi on gaspille : habitudes et circuits

Trois causes principales ressortent de l’enquête :

  1. Habitudes d’achat : 46% des ménages achètent en grandes surfaces, souvent une fois par semaine. Ce mode favorise les achats en quantité et les produits frais périssables oubliés au fond du frigo. 52% achètent leurs produits frais une fois par semaine ; combinaison qui augmente le risque de perte.
  2. Pratiques à la maison : 79% des ménages cuisinent chaque jour, mais 87,9% disent acheter plus que nécessaire et 87,3% cuisinent des quantités supérieures à leurs besoins. Beaucoup reconnaissent acheter “au hasard” (84%) et une large part attribue le gaspillage à une mauvaise conservation (~75%) ou à la péremption avant usage (58%).
  3. Circuits de distribution : Les achats en proximité (petits commerçants, marchés) restent importants (41%), mais l’achat direct au producteur reste marginal (0,4%). Or les circuits courts aident à acheter à la bonne saison et en quantité adaptée.

Ces facteurs expliquent aussi pourquoi le gaspillage est plus fort dans certaines régions et chez les jeunes (20–29 ans), qui déclarent moins être conscients des conséquences.

Ce qu’on peut faire tout de suite

Changer, c’est possible. Voici des pistes simples et efficaces :

  • Acheter moins, plus souvent : limiter les achats hebdomadaires massifs pour les produits frais.
  • Privilégier le local et la saison : moins de transport, plus de fraîcheur, meilleure durée de conservation.
  • Adapter les portions et congeler les restes : éviter de cuisiner systématiquement trop.
  • Apprendre à conserver : trucs simples (emboîter, sécher, prioriser) réduisent beaucoup le gaspillage.
  • Don et valorisation : 45% des ménages utilisent les restes comme alimentation animale ; le compost reste très peu répandu (0,1% nationalement), sauf dans le Sud-Est (où 8 % déclarent composter). Développer le compostage domestique et municipal améliorerait les sols et réduirait les émissions.
  • Politiques et outils : lois anti-gaspillage, incitations pour dons alimentaires, applications qui vendent les invendus (ex. initiatives existantes) et campagnes d’éducation pourraient réduire fortement les pertes.

Conclusion

Le gaspillage alimentaire en Tunisie est important mais il repose sur des comportements et des choix modifiables. En changeant nos façons d’acheter, de conserver et de partager, nous pouvons économiser de l’argent, protéger l’eau et la terre et alléger notre empreinte carbone. Commencer par de petits gestes (acheter local, adapter les portions, composter) a un impact réel et immédiat

Hela Bouras- Spécialiste en économie et développement durable (Université de Carthage) 

Consulter l’étude complète

 “Mode de consommation et gaspillage alimentaire en Tunisie : Caractéristiques et Alternatives (Hela Bouras, Revue Francophone du Développement Durable, n°25, Mars 2025”).

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