Inflation en Tunisie : alliée ou ennemie de la croissance ?

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L’inflation est partout : dans le panier des ménages, dans les bilans des entreprises, dans les décisions des banques. En Tunisie, elle conserve une double identité : elle peut stimuler l’économie à court terme, mais devenir destructrice si elle s’installe durablement.

Dans les rues de Tunis comme dans les souks des villes de l’intérieur, la question des prix revient dans toutes les conversations. Les ménages le constatent en remplissant leur panier de courses, les entrepreneurs en payant leurs matières premières, et les jeunes diplômés en scrutant le marché du travail : l’inflation n’est pas une abstraction, mais une réalité quotidienne.

Mais quel est son véritable impact sur l’économie nationale ? Peut-elle contribuer à la croissance ou, au contraire, l’étouffer ? Pour comprendre ce paradoxe, il faut d’abord revenir sur ce qu’est vraiment l’inflation et pourquoi elle peut être considérée comme un “mal nécessaire”.

Inflation : un mal nécessaire ?

Pour beaucoup, l’inflation évoque des prix qui grimpent et un pouvoir d’achat qui s’érode. Pourtant, ses effets dépendent fortement de son niveau et de sa durée. Cette section explore ce phénomène et montre pourquoi une inflation modérée peut jouer un rôle stimulant.

  • À court terme, une hausse modérée des prix encourage la consommation des ménages et incite les entreprises à investir. Ce mécanisme dynamise la production et soutient l’emploi.
  • À long terme, une inflation élevée pèse sur le pouvoir d’achat, crée de l’incertitude et freine l’investissement productif. Les signaux économiques deviennent alors moins clairs, compliquant les décisions des acteurs.

En Tunisie, cette dualité s’est accentuée après 2011. L’instabilité politique, le déficit budgétaire et la dépréciation du dinar ont amplifié les tensions inflationnistes, alternant périodes de croissance fragile et ralentissements.

Quand l’inflation stimule… puis freine

Ces effets généraux se vérifient particulièrement en Tunisie, où l’histoire récente a mis en lumière les deux visages de l’inflation. L’expérience tunisienne montre que l’inflation peut jouer un rôle “d’accélérateur temporaire”, mais qu’elle devient rapidement un frein si elle dépasse un seuil modéré.

  • Court terme : la consommation et l’investissement profitent d’un effet de stimulation. Les prix de l’année précédente influencent positivement l’activité économique actuelle.
  • Long terme : le pouvoir d’achat diminue, l’incertitude économique croît et l’investissement productif recule.
  • Facteurs limitants : la main-d’œuvre soutient la croissance à court terme, mais sans gains de productivité, son effet s’essouffle ; la bureaucratie et la mauvaise allocation des ressources limitent l’efficacité des investissements.

 

Quelles leçons pour la Tunisie ?

Ces constats montrent que l’inflation peut donner un coup de pouce temporaire, mais finit par devenir un frein. La question centrale devient : comment gérer ce phénomène pour en tirer parti sans en subir les effets négatifs ?

La Tunisie bénéficie d’une économie réactive, capable de corriger rapidement certains déséquilibres. Cependant, cette résilience seule ne suffit pas pour bâtir une croissance durable. Les leviers prioritaires sont :

  • Politiques monétaires crédibles : maintenir l’inflation à un niveau modéré.
  • Discipline budgétaire : réduire les déficits et mieux cibler les dépenses.
  • Investissements efficaces : privilégier les projets qui augmentent la productivité plutôt que des chantiers peu rentables.
  • Capital humain et innovation : miser sur la formation, la recherche et les technologies nouvelles.

L’inflation conditionne la confiance des ménages, la projection des jeunes et la compétitivité des entreprises. Si elle échappe au contrôle, elle peut transformer les efforts de relance en mirage.

L’inflation est une arme à double tranchant : bénéfique si elle est maîtrisée, destructrice si elle échappe au contrôle. Pour la Tunisie, le défi est de trouver le juste équilibre : maintenir l’inflation à un niveau modéré tout en menant des réformes structurelles pour renforcer la productivité et l’efficacité des investissements.

L’inflation n’est donc ni totalement un ennemi, ni un allié : tout dépend du dosage et de la capacité du pays à accompagner cette dynamique par des réformes. Ceux qui souhaitent approfondir la question trouveront une analyse détaillée dans le document scientifique complet.

Pr. Hassen SoltaniBusiness Administration Department, Business College, University of Bisha, Saudi Arabia

Consulter l’étude complète

 “Examining inflation and economic growth in Tunisia: An ARDL approach”, publié dans International Journal of Innovative Research and Scientific Studies, 8(2) 2025, pages: 4366-4378" 

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