Ecotous
Auteur
  • Chercheuse principale : Rim Chtioui
types de contributions
  • Policy papers
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Contexte et objectif(s)

Au cours des dernières années, diverses études portant sur l’économie informelle ont été menées par des organismes internationaux, des institutions étatiques ou dans le cadre de la recherche académique et non académique. Ces travaux s’inscrivent majoritairement dans une approche quantitativiste, souvent au détriment d’une analyse des causes profondes et structurelles du phénomène de l’informalité, ainsi que ses rouages sociaux, culturels, et environnementaux. Néanmoins, les résultats issus de ces investigations ont permis de mettre en avant des indicateurs préoccupants quant à la réalité de l’économie informelle. A titre d’exemple, en 2019 l’Institut National des Statistiques estimait que près de 45% de la population active tunisienne évoluait dans le secteur informel. La répartition basée sur le genre des travailleurs et travailleuses dans ce secteur révèle une prédominance des hommes, avec, 81% contre 19% de femmes. Le secteur de l’agriculture et de la pêche, à lui seul enregistre le taux le plus élevé de travail informel, dépassant 80% des effectifs.

Les études antérieures conduites par le FTDES1 et les recommandations issues de multiples enquêtes menées par des organismes de la société civile tunisienne mettent en lumière le retrait de l’Etat de son rôle social. Elles dénoncent également l’instrumentalisation des institutions publiques dans la préservation du statu quo en matière d’accès aux richesses, de développement, et de lutte contre les inégalités. Une telle dynamique a favorisé l’essor de systèmes économiques communautaires fondés sur des savoir-faire ancestraux et respectueux des principes de développement durable. Toutefois, ces systèmes reposent paradoxalement sur des mécanismes internes qui perpétuent certaines
formes d’inégalités au sein même de ces communautés. En effet, l’invisibilisation et la stigmatisation de ces systèmes et mécanismes
communautaires entravent une compréhension approfondie des rapports de pouvoir liés à l’accès des ressources, selon les milieux de vie et les contextes économiques. Ces constats s’accompagnent par l’apparition de tensions sociales, voire de diverses formes de violence, liées à l’accès aux ressources indispensable à la résilience économique des groupes marginalisés. Ces conflits sont par ailleurs exacerbés par l’absence de réponses adéquates aux urgences environnementales et climatiques au niveau central.
Dans cette optique, les formes de résilience / résistance économique « informelle » seront analysées en tant que dynamiques complexes révélateurs de modèles économiques communautaires, aux modes de fonctionnement propres à ces communautés. De ce point de vue, deux interrogations majeures structurent la réflexion sur le développement économique :
1. De quelle manière les dynamiques internes des groupes économiquement marginalisés et œuvrant dans « l’informel » peuvent-elles éclairer les politiques publiques ?
2. Comment et à quel niveau les décideurs peuvent-ils intervenir afin de réguler les dysfonctionnements internes de ces populations, tout en respectant leurs particularités socioculturelles telles que les inégalités de genre dans l’accès à la propriété foncière ?

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