Ecotous
Auteur
  • Teheni El Ghak & Najeh Souissi du Laboratoire d´Intégration Economique Internationale et la Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté
types de contributions
  • Policy papers
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Mots clésStartups tunisiennes ; Climat d’investissement ; Financement de l’innovation ; Cadre réglementaire ; Écosystème entrepreneurial
Contexte et objectif(s)

Créer une startup en Tunisie ? L’idée séduit de nombreux jeunes, mais l’expérience s’avère souvent semée d’embûches. Entre lenteurs administratives, manque de financement, difficultés à exporter, les startups tunisiennes peinent à se développer à leur plein potentiel. Une étude récente lève le voile sur les blocages du système et propose des pistes concrètes pour transformer l’écosystème.
Depuis quelques années, les startups occupent une place grandissante dans le paysage économique mondial. En Tunisie, l’initiative Startup Tunisia a suscité beaucoup d’espoirs, portée par des mesures ambitieuses : label “Startup Act”, aides financières, avantages fiscaux, accompagnement. En 2024, plus de 1000 startups étaient labellisées, principalement dans les services numériques.
Mais derrière ces chiffres prometteurs, la dynamique semble s’essouffler. Moins de startups créées ces dernières années, perte d’attractivité au niveau international… Pour comprendre cette situation, une enquête qualitative a été menée auprès de fondateurs de startups tunisiennes, complétée par des entretiens avec des responsables publics. Le constat est clair : si les ambitions sont là, l’écosystème peine à suivre.

Un environnement encore trop rigide pour les startups

Les premiers obstacles évoqués concernent le climat des affaires. Les procédures administratives sont jugées longues, complexes, parfois incohérentes d’un ministère à l’autre. Les plateformes censées faciliter les démarches sont peu efficaces. Résultat : les fondateurs perdent un temps précieux à naviguer dans la bureaucratie.
Autre point noir : le cadre réglementaire. Des lois conçues pour les grandes entreprises s’appliquent encore aux jeunes pousses. C’est le cas des FinTechs, soumises à des exigences financières difficiles à atteindre. Même les outils censés aider à l’innovation, comme la “sandbox” pour tester des projets en conditions réelles, sont à l’arrêt.
À cela s’ajoute un manque de débouchés sur le marché local. Les startups se retrouvent face à des clients peu prêts à payer le juste prix pour des produits innovants, ou en concurrence avec des acteurs du marché parallèle. Les retards de paiement des marchés publics aggravent la situation. Surtout, il manque des ponts entre les startups et les autres acteurs économiques : 70 % des entreprises tunisiennes n’ont aucun lien avec elles.
Enfin, l’instabilité politique et sociale complique les projections. La fuite des talents vers l’étranger prive les startups de ressources humaines qualifiées, pourtant essentielles.

Aides publiques : utiles, mais insuffisantes

Le Startup Act, lancé en 2018, a permis à de nombreuses startups de bénéficier de congés, d’exonérations fiscales ou de bourses. Mais les fondateurs interrogés sont unanimes : ces mesures ont besoin d’être ajustées.
L’accès aux financements, en particulier, reste compliqué. Les démarches pour lever des fonds sont longues, peu adaptées à l’urgence des besoins. Certains porteurs de projets n’ont d’autre choix que de s’autofinancer, faute de soutien bancaire ou de capital-risque.
Les procédures manquent aussi de transparence. Les startups interrogées critiquent le flou autour des critères de sélection des financements publics, notamment ceux gérés par Smart Capital.
Le crowdfunding, pourtant perçu comme une solution prometteuse, est encadré de manière trop rigide : les dons, prêts et investissements en capital sont traités séparément, par des autorités différentes, ce qui complique leur usage.
Même les sessions de présentation (pitch) sont jugées trop courtes pour convaincre les investisseurs, laissant peu de place à l’échange.
Du côté des incubateurs et accélérateurs, les avis sont partagés. Si certains apportent un vrai soutien stratégique, d’autres sont critiqués pour leur manque de réactivité, notamment en région où l’accès à ces structures est limité.

Exporter ? Une ambition encore difficile

L’international séduit, mais reste compliqué. Près de 74 % des startups interrogées n’exportent pas encore, même si la majorité aimerait le faire.
Les freins sont multiples : manque de ressources, réglementation des changes contraignante, difficultés à accéder à des missions commerciales (coûteuses et administrativement lourdes). Il manque aussi des réseaux de partage entre exportateurs et des programmes de soutien adaptés.
Pour les startups déjà tournées vers l’étranger, les défis ne manquent pas non plus : accès au financement, volatilité des devises, problèmes logistiques, ou encore complexité des réglementations internationales. Le marketing, la communication, les barrières culturelles et juridiques représentent aussi des obstacles.
Quelles pistes pour un changement en profondeur ?
Pour libérer pleinement l’énergie entrepreneuriale du pays, plusieurs leviers d’action peuvent être activés, à la fois du côté des politiques publiques, du cadre réglementaire et des dynamiques de soutien :

• Créer un guichet unique pour simplifier toutes les démarches.
• Assouplir le cadre juridique du crowdfunding et renforcer la mobilisation de la diaspora.
• Garantir plus de transparence dans les financements publics et créer des instances d’arbitrage pour résoudre les litiges.
• Moderniser le code des changes pour faciliter les investissements étrangers et les paiements internationaux.
• Encourager les synergies entre universités, recherche et startups, notamment dans le secteur des FinTechs.
• S’inspirer de l’Estonie en instaurant une résidence numérique ou du Portugal avec un visa pour les nomades digitaux.
• Mettre en place un programme d’accompagnement à l’exportation, en lien avec le CEPEX.

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