Saviez-vous que l’indépendance énergétique de la Tunisie est passée de plus de 80% à la fin des années 2000 à seulement 35% en octobre 2025 ? Parallèlement, près d’un diplômé sur trois est aujourd’hui au chômage, un chiffre qui grimpe à 40% dans certaines régions de l’intérieur. Et si la solution à ces deux crises majeures se trouvait précisément dans notre ciel et notre vent ?
La Tunisie traverse une situation critique : notre production d’électricité dépend à 94% du gaz naturel, ce qui nous expose dangereusement à la volatilité des prix mondiaux. Cette dépendance a creusé un déficit colossal de 9,1 milliards de dinars dans notre balance commerciale énergétique. Face à ce constat, la transition vers 50% d’énergies renouvelables d’ici 2035 n’est plus seulement un choix écologique, c’est une urgence vitale pour notre souveraineté et notre économie.
Le gisement d’emplois : une opportunité en or
Le plus grand trésor de la Tunisie ne se trouve pas sous terre, mais au-dessus :
- Solaire : Plus de 3000 heures d’ensoleillement par an.
- Éolien : Un potentiel de 10 GW, surtout sur nos côtes et nos montagnes.
L’enjeu est de taille : cette transition pourrait créer 70000 emplois d’ici 2035. C’est vingt fois plus que ce que nous parvenions à créer il y a dix ans. Ce qui est frappant, c’est que ces emplois pourraient transformer les régions du Nord-Ouest et du Centre, là où le chômage est le plus élevé, mais où le potentiel solaire et éolien est le plus fort.
Les verrous à briser pour libérer l’avenir
Pourquoi ne voyons-nous pas encore ces milliers d’emplois ? Aujourd’hui, les énergies renouvelables ne pèsent que 3% de nos ressources.
Les obstacles sont principalement administratifs et sociaux :
- La lenteur de la STEG : Il faut en moyenne 1,5 an pour raccorder une nouvelle installation au réseau.
- L’inégalité des genres : Bien que les femmes représentent 58% des diplômés, elles n’occupent que 28% des emplois du secteur et seulement 6 % des postes de direction.
- La fuite des cerveaux : Nos ingénieurs et techniciens les plus qualifiés partent massivement à l’étranger.

Passer à l’action : Nos recommandations
Pour débloquer ce gisement de 70000 emplois, nous proposons quatre mesures concrètes :
- Réduire les délais : Imposer à la STEG un raccordement en moins de deux mois pour rassurer les investisseurs privés.
- Miser sur le local : Encourager les petits projets (moins de 2 MW) pour les PME et les agriculteurs afin de créer des emplois directement dans les régions.
- Réformer la formation : Intégrer des modules obligatoires sur l’efficacité énergétique dès la première année d’études et généraliser l’apprentissage en alternance.
- Assurer l’inclusion : Offrir des formations gratuites aux chômeurs de longue durée et lancer des programmes de mentorat pour les femmes afin de briser les stéréotypes.
Conclusion : Vers une indépendance durable
La transition énergétique en Tunisie est bien plus qu’une question de panneaux solaires : c’est un levier stratégique pour l’indépendance de notre pays et l’avenir de notre jeunesse. En simplifiant les règles et en investissant dans nos talents locaux, nous pouvons transformer chaque rayon de soleil en une opportunité de carrière durable.
Imen Bouhestine, South Mediterranean University Research & Development Center (SMU R&D Center)- doctorante en économie à l’Ecole Supérieure des Sciences Economiques et commerciales de Tunis (ESSECT), et EPI Lab
Consulter le Policy Brief de la Fondation SMU
“Au-delà de l’environnement : La transition énergétique, catalyseur du développement économique et social en Tunisie”.