Les exportations agricoles sont essentielles pour l’économie tunisienne : elles apportent des devises, créent des emplois et soutiennent le développement. Mais quels sont les vrais leviers qui les font progresser, ou au contraire les freinent ? Notre analyse, menée sur la période 1972-2017, met en lumière des résultats parfois inattendus.
L’agriculture est au cœur de la vie économique et sociale en Tunisie. Elle nourrit la population, fournit des matières premières et contribue à l’emploi. Mais elle joue aussi un rôle majeur sur le plan macroéconomique : les exportations agricoles représentent une source cruciale de devises, permettant de financer les importations et de soutenir la croissance.
Ces constats ressortent des travaux présentés dans l’article scientifique « The Determinants of Agricultural Exports : Empirical Validation for the Case of Tunisia », publié dans l’Academic Journal of Interdisciplinary Studies en 2020, mené par Sayef Bakari (Université de Tunis El Manar), Sirine Khalfallah et Ahmed Zidi (Université de Gafsa).

Comprendre ce qui stimule, ou freine, ces exportations est donc essentiel. C’est précisément ce que nous avons cherché à identifier à travers une analyse couvrant plus de quarante ans de données.
Les résultats révèlent des tendances claires : certains facteurs favorisent les exportations, d’autres les limitent. Et parfois, la réalité contredit les idées reçues.
Quand la croissance et le financement poussent les exportations
Premier enseignement : la performance du secteur agricole (mesurée par son produit intérieur brut (PIB agricole) stimule directement les exportations. Plus la production agricole augmente, plus les exportations progressent. Logique : une production abondante offre un surplus disponible pour les marchés étrangers.
De même, les crédits bancaires accordés au secteur agricole jouent un rôle positif. Un meilleur accès au financement permet aux exploitants d’améliorer leur productivité, d’investir dans de nouvelles techniques ou encore de mieux répondre aux normes d’exportation.
Enfin, les importations de produits agricoles et de machines agricoles apparaissent aussi comme un moteur. Cela peut sembler paradoxal : importer plus pour exporter plus. Mais en réalité, l’importation de machines modernes et de certains intrants accroît la compétitivité et la qualité des produits, ce qui facilite leur vente à l’international.
Quand l’investissement et la terre deviennent des freins

À l’inverse, deux facteurs surprennent par leur effet négatif :
- Les investissements domestiques dans l’agriculture : nos analyses montrent qu’ils tendent à réduire les exportations à long terme. La raison ? Ils ne sont pas toujours conçus pour renforcer la compétitivité internationale. Trop souvent, ils visent principalement à soutenir la consommation locale ou se heurtent à une gestion inefficace. Conséquence : leur effet sur les exportations reste limité, voire négatif.
- L’exploitation des terres agricoles : l’augmentation des surfaces cultivées s’accompagne paradoxalement d’une baisse des exportations. Cette situation s’explique par une utilisation extensive et peu productive des terres, caractérisée par de faibles rendements et une pression accrue sur les ressources naturelles.
Ces constats rappellent que ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité de l’investissement et l’efficacité de l’exploitation des ressources.
Les leçons pour demain
À court terme, un seul facteur déclenche réellement les exportations : les investissements agricoles. Mais pour qu’ils produisent un effet durable, ils doivent être mieux orientés, mieux financés et mieux intégrés aux chaînes de valeur mondiales.
À long terme, la compétitivité agricole tunisienne repose sur un équilibre :
- Soutenir la production par une croissance solide du secteur,
- Faciliter l’accès aux financements,
- Importer des technologies et des intrants performants,
- Éviter l’extension inefficace des terres cultivées,
- Et surtout, repenser les investissements pour qu’ils servent aussi l’exportation.
Ces recommandations s’inscrivent dans la continuité des résultats de l’étude scientifique « The Determinants of Agricultural Exports : Empirical Validation for the Case of Tunisia » (Academic Journal of Interdisciplinary Studies, 2020), menée par Sayef Bakari, Sirine Khalfallah et Ahmed Zidi, qui met en évidence la nécessité d’une stratégie agricole plus ciblée et intégrée aux dynamiques internationales.

L’enjeu dépasse le seul secteur agricole : il s’agit d’un levier de développement économique pour l’ensemble du pays.
Les exportations agricoles ne dépendent pas uniquement des récoltes ou des surfaces cultivées. Elles reposent sur des choix stratégiques : financement, orientation des investissements, qualité des technologies utilisées. Pour la Tunisie, renforcer les exportations agricoles, c’est consolider sa place dans les échanges mondiaux, améliorer sa sécurité économique et créer des opportunités pour les jeunes générations.
ECOTOUS
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« The Determinants of Agricultural Exports : Empirical Validation for the Case of Tunisia » (Academic Journal of Interdisciplinary Studies, 2020), menée par Sayef Bakari, Sirine Khalfallah et Ahmed Zidi.